Alors que Merckel et Schauble affirment que Deutsche Bank est une banque robuste, sa valeur continue à chuter. Or avec 52 000 milliards d'euors (chiffre DB 2014) de produits financiers dérivés dans son bilan en décembre 2014 la banque est une caricature de la "finance folle".

Au premier trimestre de 2016, la banque affichait un ration de fonds propres (l'argent mis au pot par les actionnaires) sur engagements (toutes les lignes de crédit accordéés et les positions de marché) de 36,2. Cela veut dire qu'elle a un levier de 36;2 alors que celui de Lehman Brothers n'était "que" de 23,3 avant sa chute...Et cela signifie que si ces actifs baissent seulement de 2,76%, Deutsche Bank se retrouve techniquement en faillite. Pourtant ses engagements pèsent 1902 milliards d'euros, c'est-à-dire presque la moitié de toute l'économie allemande...

C'est une note du FMI qui a tiré la sonnette d'alarme fin juin sur Deutsche Bank, la première banque privée allemande (et une des premières de la planète, par la taille de son bilan). Selon l'institution, ses liens avec les plus grandes banques mondiales en font le principal facteur de risque pour le système financier dans son ensemble. "Deutsche Bank apparaît comme le plus important contributeur net en termes de risques systémiques, suivi par HSBC et Crédit Suisse " précise le FMI, qui appelle à mettre en place rapidement des mesures pour assurer la liquidation des banques en difficulté.

Selon David Folkerts-Landau, l'économiste en chef de la Deutsche Bank les banques européennes ont besoin en urgence de quelque 150 milliards d'euros afin d'éteindre l'incendie.

Bien que Schauble et Merkel s'y opposent, Deutsche Bank en appelle à UE pour exiger un renflouement de tout le secteur bancaire européen avec l'argent public. Ce que l'Italie menace de faire au niveau national en injectant 40 milliards d'euros dans ses banques, la Deutsche Bank le propose au niveau européen. Avis partagé par l'économiste italien Bini Smaghi, président de la Société générale en France,pour qui le secteur bancaire européen " est gravement malade et doit s'attaquer à ses problèmes très rapidement, sinon on court à la catastrophe. Je ne suis pas un prophète de malheur, je suis juste réaliste".

Début juillet, Deutsche Bank, dans sa note Focus sur l'Europe, propose son propre plan en six point pour sauver les banques européennes : injection de 28 milliards d'euros dans les banques italiennes,- suspension des règles du "bail-in" et du "bail-out" si nécessaire,permettant des renflouements avec l'argent public lorsqu'on est face à "une sérieuse perturbation économique" comme celle d'aujourd'hui; -admettre des recapitalisations bancaires, tant par des institutions européennes qu'au niveau national lorsque des "contraintes légales et politiques" se posent, -mise en oeuvre accélérée d'une Union bancaire, en particulier la création d'un fonds de garantie européen des dépots; -renoncement de la BCE à durcir la régulation et enfin, cesser de réduire les taux d'intérêt de base qui sont déjà en dessous de zéro et finissent par ruiner les banques en réduisant leurs marges de profit...

Tant que l'on persiste à chercher des solutions à l'intérieur des paramètres définis par le système lui-même, aucune solution ne sera possible. IL faut donc non seulement "penser hors de la boîte" mais revenir aux principes mêmes de l'économie et de la monnaie.

* L'argent, la monnaie et le crédit n'ont aucune valeur en soi.

* La seule légitimité d'une devise, c'est l'engagement de l' État émetteur, c'est-à-dire son engagement dans le temps donnant de la substance à la valeur nominale des créances.

* La valeur de l'argent résulte de l'activité pour laquelle elle est émise. Un argent dépourvu de projet est sans valeur.

* En mobilisant sa main d'oeuvre qualifiée et sa technologie, un État peut transformer sa monnaie en richesse réelle.

* L'euro n'est pas la monnaie d'un État-nation souverain. Or "une monnaie sans Etat, cela n'existe pas".

Le statut de la BCE stipule qu'elle n'est pas le "préteur de dernier ressort". En cas de crise systémique; elle ne sert donc à rien. Vu ces principes, on peut dire que la première mesure, lors d'une crise bancaire, aussi grave que celle qui éclate, c'est de rétablir la légitimité et la confiance, c'est-à-dire la souveraineté des États. Aussi bien l'Italie, l'Allemagne que tout autre pays cherchant à remettre sur pied un système bancaire viable, ne peut pas procéder autrement, cela veut dire : sortir de l'euro, de l'UE et de l'OTAN, non plus pour des raisons politiques, mais pour des raisons de réorganisation bancaire et monétaire.

Une fois rétablie cette autorité crédible, incarnée par une banque de la nation, chaque État pourra nettoyer les écuries d'Augias, c'est-à-dire faire le tri entre d'un côté des dettes légitimes à honorer, en les échelonnant dans la durée, et de l'autre, des dettes purement spéculatives, à passer par pertes et profit. L'immense majorité des produits financiers dérivés, purement spéculatifs, de la Deutsche Bank et autres banques européennes de ce type, prendront la direction de la morgue financière<;

Appuyant ce processus, une séparation stricte (Glass-Steagall Act européen) entre la partie banque commerciale (dépots et crédits) et la partie banque d'affaires, s'avèrera indispensable pour rétablir un minimum de confiance et éviter des retraits impromptus de liquidités. Si la finance veut renaître, c'est en retournant à cette mission.