Intervention militaire US en Syrie, Corée, Afghanistan : coup de poker ou effet domino ?

La présidence de Trump commençait bien mal : son grand projet de mise à mort de l'Obamacare était retoqué par le Congrés, la justice bloquait son Ordre Exécutif d'interdiction d'entrée le contraignant à faire appel de la décision, le dollar montait alors qu'il misait sa stratégie de relance sur un dollar faible..;la force de la "volonté politique" semblait tourner court face à un establishment garant de stabilité et dominant le pouvoir exécutif présidentiel.

C'est alors que l'attaque chimique de Khan Cheikhboum a lieu, lui fournissant comme par magie l'opportunité de balayer d'un revers de la main les accusations de pro-poutiniste qui réduisaient sa marge de manoeuvre, faire passer à la trappe en "moins de deux" le "poison médiatique" lié à l'événement ( qui parle encore des enfants morts dans l'attaque ?).

- Mettre Républicains et Démocrates dans la situation de devoir saluer l'action militaire unilatérale et illégale du point de vue démocratique de leur "Commandant en chef, D. Trump?

- Mettre les alliés de l'OTAN ( à commencer par la France et l'Allemagne) bien plus d'ailleurs que le Royaume-Uni dans la situation de devoir saluer l'action militaire unilatérale et illégale du point de vue du droit international du président des États-Unis.

- Créer les conditions de dialogue avec la Russie, reléguant la survie politique de Bachar el-Assad au second plan;

- Gagner en crédibilité/visibilité dans l'envoi de navires US au large des côtes de Corée du Nord, deux jours après la visite de Trump à son homologue chinois, (et alors que l'envoi le 30 mars de chasseurs F-35 était passé quasi-inaperçu ouvrant de fait le dossier commun américano-chinois de "résolution" de la question mord-coréenne.

- Rouvrir un troisième fronnt en Afghanistan ( à proximité de la très sensible frontière pakistanaise de surcroit) ciblant cette fois les souterrains construits par les Etats-Unis et utilisés par Daesh.

- Enclencher au milieu de tout cela (ou couvrir) une brutale baisse du dollar par un discours saluant la politique des taux bas de la FED et décrétant le dollar encore fort.

toutes ces actions belliqueuses sont menées sans mandat démocratique ou international, et accueillies par un silence diplomatique, qui plus est onusien et médiatique total  ( imaginons une seconde que les Russes fassent un dixième de ce que Trump vient d'initier), validant la "stratégie du plus fou" relevé dans un précédent écrit.

Côté US, le ré-atterrissage national promet de ne pas décevoir en suspense et surprise !

A ce stade, il est probable que les objectifs recherchés sont de deux natures essentiellement :

- réimposer les Etats-Unis comme première puissance militaire mondiale...désormais à son seul service et non plus au service d'un système international,

- et faire bouger les lignes de front en faisant sauter des verrous.

Le premier point a le mérite de la clarté : les Etats-Unis ne parvenaient plus à intervenir dans un cadre international de plus en plus réticent à agir dans un intérêt de plus en plus visiblement américain, les obligeant à des actions détournées ( drones et proxy-wars); Trump les fait sortir officiellement du cadre international et démocratique (USexit) mais en même temps rend à nouveau visibles des actions stratégiques US. Mais cette clarté, porte bien sûr en elle toutes les conditions de la confrontation directe que le système international avait pour objet d'empêcher.

Le second point a le mérite de l'utilité : dans un système complétement bloqué par un cadre international arc-bouté sur des dossiers "intouchables" ( Corée du Nord, solution des deux Etats en Israêl, Syrie, Crimée, Pakistan..) la levée des tabous est en réalité devenue inévitable. Le problème, c'est que ceux qui auraient pu le faire de manière organisée dans  un cadre concerté ne l'ont pas fait, laissant un "fou" (au sens de la "stratégie du plus fou") s'en occuper en faisant courir au monde de très grands risques ( il suffisait d'un deuxième "fou" pour que tout saute.

Pour comprendre si les actions de Trump débloquent des situations ou envoient vers la guerre, il est bon de suivre les déclarations de la girouette Duterte, bon indicateur du sens dans lequel va souffler le vent dans cette région. Pour mémoires, les Philippines étaient l'un des alliés des US, appartenant dans le cadre de l'ASEAN au camp de ceux qui demandent l'intervention des US pour défendre les droits de propriété non chinois sur les îles situées en Mer de Chine méridionale.

Puis Duterte a pris le pouvoir et enclenché un revirement complet de ce point de vue, se montrant très agressif avec les US d'Obama (il a été jusqu'à appeler Obama  "un fils de p..." ) se tournant vers la Chine pour accuser les US d'aviver des tensions sur un dossier à régler régionalement et sans ingérence extérieure. Mais en mars, Duterte accuse les US de l'avoir obligé à se tourner vers la Chine du fait de leur inaction dans la région, suggérant que des US interventionnistes pourraient regagner son soutien. Et en effet le 6 avril il annonce qu'il va planter des drapeaux philippins sur une série d'ïles revendiquées par son pays, avant de se rétracter une semaine plus tard au nom de l'amitié philipino-chinoise.