Source LEAP2020

Cette expression de "recomposition chaotique" résume assez bien où en est le développement de la crise, étape s'étendant sur quatre années et qui comportera des phases de progression distinctes.

En cette première moitié de 2017, force est de constater que les efforts de réorganisation du monde sur une logique transnationale ont tous échoué:

- le système inter (ou supranationale édifié au XXè siècle ONU, FMI, BM, OTAN etc ) n'a pas réussi à s'adapter et à chapeauter la nouvelle configuration géopolitique multipolaire du début du XXIè siècle, il est aujourd'hui en plein marasme sous toutes ses formes, y compris régionales (UE, Mercosur, etc)

- les expériences prometteuses menées par les émergents à la fin de la première décennies du XXIè siècle , au premier rang desquelles le G20, les BRICS ou encore le projet OBOR ( New Development Bank et Asian Investment and Infrastructure Bank ) et se sont retrouvées frontales avec les intérêts des États-Unis et, sans le soutien de l' Europe, n'ont pas pu s'imposer comme la base d'une nouvelle organisation mondiale.( ce qui n'empêche pas d'avancer de leur côté, mais elles ne constituent pas de solutions globales).

- concernant les BRICS, sans reconnaissance et dialogue Euro-BRICS, le monde multipolaire allait se bipolariser en deux camps séparés dans le cadre d'une nouvelles guerre froide ou réunis dans celui d'une vaste conflagration mondiale. Depuis 3 ans (et la crise euro-russe de 2014 qui anéantissait les espoirs d'ouverture constructive de l'Europe aux nouvelles réalités mondiales) deux camps se sont structures sur des logiques venues tout droit du XXè siècle ( combinant "non alignement" et "bloc communiste") , autour de lignes de front froides ( UE-Russie) ou chaudes ( monde judéo-chrétien Monde musulman) ne se superposant pas toujours (le positionnement de la Russie est difficile à lire, sans doute parce que ce pays tente d'échapper à une catégorisation qui ne peut lui rappeler que de mauvais souvenirs).

Ces tensions sont essentiellement le résultat de conflits d'intérêt et d'incompatibilité chroniques entre des "systèmes" supra nationaux ( Amérique "impérialiste", EU, OTAN etc) venus d'époques et de régions différentes, au service d'intérêts économiques et institutionnels déshumanisés de toutes sortes, système par ailleurs non ancrés dans une légitimité populaire ou démocratique que l'on ne trouve toujours pas aujourd'hui, et ce malgré 70 ans de trans-nationalisation des mécanismes de gouvernance, au niveau des États.

C'est ainsi qu'en 2016, face au risque croissant de conflagration, le monde a "ré-atterri" au niveau national ( dirigeants nationalistes aux US, en Inde et au Japon, Brexti et conséquences sur une Europe "multi-vitesses" remettant officiellement les clés de la boutique aux États-membre, etc). Cette étape est voulue et jugée plutôt rassurante par une partie des peuples qui ont le sentiment d'avoir à nouveau la main sur leur destin; et inquiétante pour une autre partie qui a en mémoire les très grands échecs des États-nations en matière de gestion du monde au début de XXè siècle.

Le succès de ce repli stratégique dépendra de l'efficacité et de la rapidité avec laquelle les grands États en concertation avec les petits, parviendront à mettre en place les nouveaux principes des niveaux supra-nationaux. Le risque le plus évident est bien entendu l'escalade de tension liée à la réaffirmation d'intérêts nationaux exclusifs et par conséquent incompatibles aboutissant à un processus de destruction au lieu du processus de reconstruction espéré.

D'une certaine manière, on peut dire que la crise cesse d'être systémique au sens où nos destins collectifs dépendent (comme dans toutes les grandes périodes de transition) d'une poignée d'individus politiquement sur-dopés ( Poutine, Trump, Modi, Erdogan, Abe, Netanyahou, XI...) tentant de sortir des rets du système précédent, et dont certains sont des Churchill/De Gaulle mais d'autres des Mussolini/hitler... sans que médias et dirigeants soient capables de nous éclairer sur qui est qui et sur la façon de préserver la paix et de construire l'avenir dans un tel contexte.

Inutile de dire que l'exercice d'anticipation n'a jamais été aussi utile et incertain à la fois qu'en ce moment.Sur la base de cas concrets ( crise en Syrie,  BRICS, UE, Euroland) il est bon d'étudier les perspectives nouvelles qu'offre ce retour au niveai national dans la gestion des affaires régionales ou globales, ainsi que les risques générés par cette méthode.

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