Source : Inna Doulkina 26/09/2014

La voix de la majorité russe, essayer de la comprendre plutôt que de la diaboliser comme aime tant le faire les médias occidentaux en n'écoutant et ne s'appuyant qu'aux voix de la dissidence russe.

L'Europe a bien voulu écouter les Ukrainiens et les Tatars, mais les Russes n'ont jamais eu voix au chapitre.

"Nous sommes terrifiées et affligées par les actes du gouvernement russe qui, avec des armes, des soldats et des outils de propagande, mène une guerre contre l'Ukraine, son voisin le plus proche. Nous protestons contre l'intervention militaire et le soutien aux républiques fantoches de Donetsk et de Lougansk, qui terrorisent la population et dévastent le pays. Nous nous opposons à cette propagande de la haine qui, depuis des mois, déforme la réalité de ce qui se passe dans l'Est de l'Ukraine, et incite les gens à la violence"

C'est par ce message que se sont adressées deux traductrices allemandes aux participants du Congrès des traducteurs de littérature russe, qui s'est tenu à Moscou en septembre 2014.

Un message fort et qui résume à merveille la vision de la plupart des Européens sur la crise ukrainienne. Pour eux, il n'y a pas de doute possible : dans cette guerre, c'est la Russie qui attaque, et l' Ukraine se défend. La Russie chercherait à satisfaire une "soif impériale" inassouvie en tentant d'engloutir ses anciens satellites.Dans la conscience européenne, la Russie se laisse guider non par la raison mais par ses instincts dangereux et imprévisibles.

Persuader l' Europe qu'elle se trompe dans son analyse n'est pas une mince affaire. Même Poutine, visiblement y échoue. On imagine bien Poutine dire à Barroso, (ou à son successeur), au cours d'un entretient téléphonique "si j'avais réellement voulu occuper l' Ukraine, je l'aurais fait en deux semaines" Et voilà le président de la Commission européenne qui s'empresse de convoquer la presse pour déclarer que Poutine menace d'envahir Kiev et , qui sait, toute l' Europe. (Alors que l'autre tentait de lui expliquer le contraire..!).

Ces Russes qui vivent sur le territoire ukrainien et se battent contre le régime de Kiev, ces hommes existent, ils sont nombreux. Ils avaient, dans leur vie d'antan, des métiers divers et on ne peut plus banals. Et voilà qu'un beau jour, ils ont acheté une tenue de combat, pris les armes, formé des batiallons et sont partis en guerre. Pourquoi ? Cest toute la question que la presse occidentale refuse de se poser. Au lieu de comprendre ce qui anime ces hommes, les journalistes et les politiciens occidentaux les dénigrent de façon systématique - ce qui, selon eux, devrait tout expliquer, mais qui, ne résout rien. A les en croire, les insurgés serait un ramassis de bandits chevronnés, profitant du chaos ambiant pour s'adonner au meurtre et au pillage.

Mais les témoignages confirmant que les insugés sont principalement des locaux, et qu'ils combattent non par plaisir mais par nécessité, sont légion. Il suffit de s'y interesser !  Mais pourquoi se battent-ils donc ?

C'est une question qui mérité au moins d'être posée, et qui fournit les clés nécessaire à la compréhension du conflit ukrainien. C'est une question qui explique, aussi, pourquoi la Russie a rattaché la Crimée à son territoire et pourquoi elle soutient le Donbass (Bien moins, d'ailleurs, que ne le voudraient ses habitants.)

Autre élément à propos de la Russie : Les occidentaux espéraient bien écouler leurs produits via l'Ukraine, en évitant ainsi des taxes (compte tenu de liens existants entre la Russie et l'Ukraine), mais la Russie à dit  NIET  au grand danme des Européens.

Ainsi l'Europe ne veut pas se poser de question. Pour elle, les Russes, dans cette histoire, sont des invisibles. Les Russes de Crimée d'abord, dont la position n'a jamais été entendue à l'Ouest. Leur terreur de se retrouver coincés dans une Ukraine ne respectant pas leur langue ni leur culture n'a jamais été prise en compte. Leur désir de se rattacher à la Russie, un désir ancien,n'a pas été pris au sérieux. L'Europe a bien voulu écouter les Ukrainiens et les Tatars, mais les Russes n'ont jamais eu voix au chapitre.

Puis la situation s'est re^roduite pour les Russes du Donbass. L'Occident n'a pas daigné s'interresser à ces populations qui n'avaient rien demandé à personne, qui ne cherchent qu'à vivre en paix sur leur terre, conformément à leurs représentations du Bien et du Mal. Ces Russes qui veulent parler leur langue sans restriction, honorer leurs aïeuls, fêter le 9 mai et maintenir des liens avec la Russie - ont-ils jamais été écoutés ?

NON, l'Europe passe à côté de ces hommes de ces femmes. Et si elle refuse de les regarder dans les yeux, c'est aussi parce qu'ils sont l'élement dérengeant qui risque de détruire l'idée qu'elle se fait de la Russie...et du monde en général.

Ce que l'Europe peine à comprendre, c'est qu'il se trouve des gens, sur cette planète; et notamment en Russie et en Ukraine, qui ne rêvent pas de s'installer chez elle, ni d'adopter son mode de vie. Ils se sentent bien chez eux, et l'émigration n'est pas, à leurs yeux, un symbole de réussite. Ces gens ne sont pas des attardés mentaux. Ils possèdent tout simplemnt leur culture propre, et ils ne sont pas prêts à la brader contre un permis de séjour et une allocation chômage, quelque généreuse qu'elle puisse paraître.

On peut comprendre que l'Europe ait du mal à se le figurer : ses préfectures sont assaillies de milliers d'étrangers qui veulent se susprendre à ses mamelons. Difficile dans ce contexte, de croire que ce n'est pas le rêve du monde entier. Pourtant, c'est la réalité, et si l'on trouve, parmi les Russes, un certain nombre d'émigrés potentiels, la plupart d'entre eux veulent vivre dans leur pays et n'ont pas l'intention de le quitter.

Le problème, c'est que l'Europe n'écoute que les premiers et passe totalement à côté des autres. C'est à l'époque soviétique que l' Occident a pris l'habitude de forger sa vision de l'URSS sur la base de ce que lui en rapportaient les dissidents émigrés. C'est bien d'écouter les dissidents, les problèmes commencent lorsqu'ils deviennnent les interloculteurs uniques.

Sans conteste, la vision dissidente de la Russie est digne d'intérêt. Mais elle n'est pas la seule valable. Les Russes qui ne se désignent pas comme étant la conscience de la nation en ont une aussi , de conscience. Et l'Europe, ne serait-ce que pour se faire une image plus complète, ferait bien de s'y intéresser. Qui sait, peut-être serait-elle surprise ?

Mais visiblement elle ne s'empresse pas de le faire, et ce probablement aussi, parce qu'elle ne souhaite pas sortir de sa zone de confort: il est bien plus aisé d'écouter ceux qui vous confirment dans vos représentaitions plutôt que ceux qui les contredisent.

C'est parce que l'Europe vit dans la certitude que toute l'humanité rêve de s'installer sur ses terres et que son projet de société est plus avantageux qu'elle échoue à comprendre les sentiments Criméens et des Russes du Donbass, qui rejettent le projet ukrainien de rattachement à l'UE.

Et eux, s'ils le rejettent, c'est simplement parce qu'ils se sentent russes avant tout. Parce qu'ils tiennent à leur identité, à leur culture et à leur mémoire. Ils n'ont pas l'intention de les imposer à la terre entière, non (que les alarmistes se rassurent) mais en revanche, ils sont prêts à les défendre, et par les armes, s'il faut. Parce que le  "le village global " attire bien moins que ce qu'on voudrait nous faire croire. Parce que l'identité nationale et culturelle demeure un élément fondateur crucial pour une majorité écrasante d'êtres humains. (La vision "unipolaire" de la direction du monde chère aux US c'est du passé ....le monde d'avant ! ).

Et la Russie, polyethnique et polyculturelle mais solidaire et unie, n'en est pas le plus mauvais des exemples.