Ce n'est plus une mais plusieurs "bombes H financières" dont l'explosion simultanée menace tout le système. Car le Bréxit, l'état des banques italiennes, suisses et françaises, la faillite non actée de Deutsche Bank, ne sont que les multiples sommets d'un iceberg géant capable de nous envoyer par le fond.

Le 6 juillet, le "Wall Street Journal" n'a pas hésité à évoquer l'image d'un "bain de sang mondial" en parlant des grosses banques. Ainsi, constatait-t-il, depuis débu 2016, vingt des banques les plus importantes du monde ont perdu 465 milliards de dollars, c'est-à-dire un quart de leur valeur de marché ! Les plus fortes pertes ? UniCreditt (deux tiers de sa valeur), Royal Bank of Scotland ( 56%), puis Crédit Suisse, Deutsche Bank et Barclays (50%).

Assouplissement quantitatif,planche à billets, taux d'intérêts négatifs, etc..n'auraient donc servi à rien ? Au contraire, ces liquidités au lieu d'aider les banques à investir dans l'économie réelle, les ont incitées à spéculer encore d'avantage, et donc encourir encore plus de pertes ! Les économistes, stipendiés le plus souvent par les banques, nous juraient qu'il s'agissait d'une simple crise de liquidité, alors qu'il s'agissait d'une crise d'insolvabilité !

Premier symptôme de cette équation, le Royaume-Uni, où les incertitudes et le flou entourant la période post-Brexit, provoquent l'implosion de la bulle immobilière. Alors que des centaines d'entreprises envisagent de relocaliser leur siège à Amsterdam ou à Paris, comment maintenir la fiction de valeurs immobilières dépassant de 54% leur valeur déjà record de 2008 ? Ainsi, face à des demandes de désengagement en masse, la moitié des fonds immobiliers britanniques, dans l'impossibilité de rembourser les investisseurs, ont été contraints de geler leurs opérations.

Or l'effondrement de l'immobilier au Royaume-Uni n'affectera pas seulement de grandes banques comme RDS et des investisseurs étrangers, mais tout un pan des classes moyennes britanniques très endettées.Ces dernières convaincues d'avoir réalisé un placement à l'abri de toute épreuve (en hausse de 10% par an depuis 2008), ont en effet contacté massivement des emprunts immobiliers. Et avec le profit qu'elles en tiraient, elles ont souscrit à d'autres emprunts pour des achats supplémentaires bien au delà des moyens que leur permettaient leurs salaires. Leur endettement est ainsi évalué à 130% de leur revenu ! Par conséquent, si la chute des valeurs immobilières persiste, des milliers de ménages britanniques seront rapidement contraints de réduire leur train de vie et donc leur consommation. De quoi provoquer un écroulement de la demande intérieure et donc....une récession.

Face à la crise systémique en zone euro, deux approches folles d'affrontent brutalement. D'un côté, un courant européiste et ordolibéral (Schauble et son obligé Dijsselbloem, etc) espérant que grâce à la mise sur pied d'une Union bancaire, l'on pourra préserver les mégabanques systémiques (too big to fail) en organisant d'une part la liquidation des petites banques considérées comme des "banques zombies" et d'autre part, en faisant le cas échéant les poches des actionnaires et des déposants (méthode dite de "renflouement interne ou "bail in")

De l'autre, un courant plus national  (Renzi, etc ) qui , face à la révolte de l'industrie, des PME et des épargnants au bord du suicide, exige, y compris pour des raisons électorales qu'on injecte une fois de plus de l'argent public (bail out) pour colmater les brèches afin d'éviter une désintégration en chaîne de tous le système, sans proposer quoi que ce soit pour régler le fond du problème.

Pour le premier courant, l'Italie est le maillon faible, " il y a en Italie davantage de banques que de pizzerias" s'indigne le "Financial Times". Selon ces ordolibéraux, à cause d'un management incompétent, les 700 banques italiennes petites et moyennes ont dilapidé des fortunes pour satisfaire le clientélisme local, avec comme résultat 360 milliards d'euros jugées irrécupérables. Ils oublient qu'en Italie, la crise a floué une partie des classes moyennes de plus en plus en difficulté avec leurs banquiers.

L'avenir des banques françaises dépend plus de celui des italiennes que des allemandes. L'exposition des banques françaises aux banques italiennes représente 12,4 % du PIB français, alors que l'Allemagne n'en est qu'à 3,8%? C'est sans doute pour cela que l'Italie est un bon acquéreur des bons du Trésor français. Or ce qui arrive en Italie a de quoi faire peur. Depuis le 1er janvier, les actions de Monte del Paschi-di Siena (MPS) ont perdu 78% de leur valeur (et 97% de leur valeur en un an !) Avec 5 millions de clients, il s'agit de la plus vieille banque au monde et de la 3e d'Italie. Alors que sa capitalisation dépassait 15 milliards d'euros avant 2008, la banque toscane pèse aujourd'hui ...moins de 800 millions.

Seulement, comme le souligne l'euro-député Marco Zanni, la part des créances italiennes liée à l'économie réelle par rapport à la partie spéculative, atteint souvent 80%, alors qu'elle est parfois inverse chez les grandes banques allemandes et françaises, championnes des produits dérivés et du trading haute fréquence..;!