Source LEAP2020

Le fait que nous soyons en crise depuis 2008 ne fait plus de doute pour personne. Que cette crise soit "globale" est aussi admis. Mais le monde a-t-il bien pris la mesure de la dimension "systémique" de cette crise ?

La partie visible de ce changement de système sur lequel tout le monde s'accorde, c'est l'apparition de nouveaux très gros acteurs internationaux remettant en question l'ordre mondial instauré par les Etats-Unis lors de l'effondrement du bloc soviétique.

Ainsi, on parle depuis longtemps de cette tendance lourde de multipolarisation du monde imposant de réformer les instances internationales existantes ou/et, en cas d'échec sur ce point, d'inventer une nouvelle gouvernance mondiale (une processus d'invention dans lequel l'Europe a un rôle historique à jouer compte tenu de son expérience unique d'intégration d'entités étatiques et de natures différentes).

Il est une autre tendance dont on peut admettre le caractère restructurant, c'est l'internet qui, au-delà de sa contribution à la facilitation des échanges commerciaux et à la globalisation des économies, connecte de facto en un corps social organique la totalité de l'humanité grâce à un"système" en réseau différent des systèmes pyramidaux hérités du XIXe siècle qui fondent pourtant officiellement toujours nos "systèmes" socio-politico-institutionnels nationaux, inter-nationaux et supra-nationaux. (l'Etat-Nation est toujours l'ultime repère).

Avant que ce système ne soit officialisé, toute la difficulté consiste à intégrer à ces dynamiques d'avenir l'ancien système pyramidal...où à s'en débarrasser. C'est à ce combat que le monde assiste actuellement : ( logiques d'empire,combinaison d'entités politiques indépendantes entre elles, démocratie représentative, participation citoyenne directe organisée, pyramides, réseaux, colonisation militarisée; commerce globalisé et régulé, systèmes nationaux, systèmes post-nationaux, pétrole contre énergies renouvelables, économie lourde, économie numérique, banques, flux financiers, emploi, activité professionnelle en ligne, institutions ONU, club BRICS, etc..).

Les acteurs du monde d'avant (le monde occidental surtout) , en raison d'une totale incompréhension des ressorts de la société de demain, ont actuellement recours à tous les outils de la domination (finance, armée, religion ou idéologie) pour bloquer l'évolution "naturelle" du monde. Ce combat est voué à l'échec, c'est une certitude, mais selon la vitesse à laquelle ces acteurs se fondront au nouveau mode d'organisation, les dégâts infligés à l'humanité peuvent être considérables.

Dans ce paysage de transformation du monde l'actualité récente est significative : influence de la Chine et des BRICS sur l'actualité économique et géopolitique, fin de l'enlisement euro-russe au milieu de l'arsenal ukrainien, crise cardiaque des Etats-nations en Europe, espoir de résurrection par le niveau européen.

Le sommet de l'APEC qui s'est tenu à Pekin les 8/10 novembre marque des avancées considérables dans tous les domaines et le rôle leader de la Chine dans ces dynamiques : l'accord environnemental US-Chine, libéralisation du commerce, un traité de libre-échange entre la Chine et la Corée du Sud (pourtant un allié stratégique du fameux pivot américain en Asie), des éléments d'apaisement dans les disputes territoriales entre la Chine et différents pays d'Asie du Sud Est ( Philippines, Japon, Vietnam) au nombre desquels le bonne volonté d' Abe Shinao à calmer le jeu. De facto, l'agenda de globalisation reprend don cours, emmené cette fois par la Chine, ce qui change tout !

Le sommet du G20 des 9/13 novembre à Brisbane en Australie a pour défi affiché de parvenir à initier enfin une réforme des organisations internationales en guise de preuve de son utilité.Le G20, en tant qu'enceinte représentative du monde du XXIe siècle, ne survivra pas à un échec sur ce point.Les Etats-Unis n'ont aucune intention de modifier quoi que ce soit dans l'organisation du monde tel qu'eux le conçoivent.

Au cours de ce sommet, la tentative des occidentaux de vouloir isoler Poutine est une farce. Au cours d'un interview à la chaine allemande ARD, Poutine a averti la coalition de l'UE formée de vasseaux et de guignols inconscients, que la Russie peut facilement faire s'ecrouler le château de cartes ukrainien : Moscou n'a qu'à exiger l'argent qui lui est légalement dû. Il a aussi fait comprendre qu'il ne permettra pas que Kiev envahisse le Donbass et procède au nettoyage ethnique.

La tension monte donc entre la Russie les USA et l'OTAN. Aux US on ne dénote pas la moindre volonté de désamorcer la tension .

Concernant l' Iran, les russes et les chinois, ainsi que les allemands, pèsent lourd dans la négociation pour obtenir un accord le 24 novembre, permettant enfin de débloquer la situation, lever les sanctions, et permettre à l'Iran de faire son entrée sur la scène internationale...et de pouvoir jouer le rôle qui lui incombe dans la pacification du Moyen-Orient. Y aura-t-il un accord le 24 novembre ?

Le monde est emmené par la dynamique des émergents. Il sera multipolaire toutefois le "monde d'avant" risque d'avoir recours à des outils pouvant créer des  dégâts considérables...!