Depuis la chute de l'URSS en 1990/1991, les USA, suivis par leur alliés ouest-européens, n'ont eu de cesse d'humilier et d'encercler la Russie comme tenter d'intégrer les nouveaux Etats issus de la cassure de l'empire soviétique à l' OTAN et à l' UE, qui sont les deux versions pile et face de la domination US pour le contrôle du Heartland, jusqu'ici contrôlé par Moscou.

Ce qui peut se comprendre de la part des USA, dont l'extension de l'hégémonie globale est vitale pour le maintien du dollar US comme monnaie mondiale et donc la prospérité de leur économie permettant aussi leur contrôle des circuits financiers et bancaires. Alors que les européens de l'ouest, quant à eux, auraient dû jouer leur propre carte en tendant la main à Moscou pour permettre de nouer le grand partenariat euro-russe "de l' Atlantique à l' Oural" (selon la formule gaullienne) assurant la survie d'une Europe indépendante face à l'hégémonie US et à la montée en puissance de la Chine et autres pays émergents.

C'était le droit fil de la vision du Général de Gaulle lequel, bien avant la chute de l' URSS qu'il avait prévue, militait dans ce sens. D'où son refus de faire entrer le Royaume-Uni dans la CEE, Londres étant notoirement la base avancée des USA en Europe, sa décision de sortir la France du commandement intégré de l'OTAN et sa politique de détente et de coopération avec ce qu'il appelait la "Russie soviétique" (l'adjectif "soviétique" étant destiné un jour à disparaitre lorsque les fondamentaux de la Russie profonde reprendraient leur prééminence).

Ce que les boutiquiers dénués de toute vision géopolitique à la tête de l'UE n'ont hélas par compris en faisant l'erreur fatale de se rallier à la politique américaine anti-russe, via l'organisation de diverses révoltes en Europe de l'Est et sur le pourtour sud de l'ex-URSS (Géorgie, Caucase etc.), la dernière en date étant le coup d'Etat qu'ils ont suscité et financé à Kiev en février 2014. (dix ans après la "révolution orange" dans ce pays, fomentée déjà par les USA en 2004, mais qui s'était terminée dans la corruption généralisée des politiciens ukrainiens voyous).

Moscou ne pouvant pas accepter l'intégration de l' Ukraine, le pays dont il est le plus proche historiquement, religieusement, ethniquement et luiguistiquement, peuplé d'une forte minorité russe et/ou russophone orthodoxe, dans l'UE (ce qui aurait supprimé le dernier tampon entre les deux zones d'influence russe et ouest-européenne désormais rivales) et encore moins dans l'OTAN (ce qui aurait fait de Sebastopol une base navale US en plein coeur de la Russie), a récupéré la Crimée (partie intégrante de l'héritage des Tsars) avec l'accord de la population locale et lutte maintenant pour protéger la minorité russe de l'est de l'Ukraine, ayant récemment voté majoritairement pour une indépendance à l'égard de Kiev.

Le Donbass que les forces militaires ukrainiennes et d'autres paramilitaires (en particulier des éléments appartenant à des sociétés militaires privées anglo-saxonnes encadrés par des agents de la CIA) agressent sans discontinuer en faisant des milliers de morts civils.(Moscou n'acceptera jamais une épuration ethnique).

Pour contraindre la Russie à se désengager de la Crimée et de l'Ukraine, les USA et leurs alliés ouest-européens sont entrés dans un processus de sanctions croissantes de plus en plus dommageables pour la Russie pendant qu'elle réplique par des contre-mesures pour le moment plutôt insignifiantes pour l'Occident, alors que de violents combats se développent en Ukraine et que ce dernier pays s'effondre politiquement et économiquement. En même temps, la Russie s'est encore rapprochée de la Chine et autres BRICS, avec la coopération desquels elle s'oppose frotalement au Système monétaire et commercial international dominé par les USA.

Sans compter une lutte d'influence croissante entre la Russie et les Occidentaux, au Moyen-Orient en particulier, le soutien de Moscou à la Syrie, à l'Iran et autres mouvements chiites, empêchant les USA et leurs alliés sunnites de maintenir leur domination sur la région et ayant de fortes probabilités de se terminer en guerre régionale totale. Surtout depuis l'émergence des djiadistes de l' État islamique d'Irak et du Levant (initialement pis sur orbite par l' Arabie Saoudite, le Quatar et la Turquie) que plus personne ne contrôle et que l'on ne réduira pas par des seules frappes aériennes. Surtout, si après Mossoul ils prennent Bagdad.

Faisant délibérément chuter les prix de l'or, la principale réserve de change russe, et surtout du pétrole ou du gaz, la principale ressource financière d'exportation russe (selon la politique inspirée par plusieurs fondations stratégiques occidentales dont celle de George Soros), avec le concours de l' Arabie Saoudite qui en profite pour surproduire à bas prix et ainsi récupérer sa part de marché mondial récemment gagnée par la Russie, les USA ont aussi provoqué la chute du rouble, ce qui asphyxie l'économie russe et risque de mettre ce pays en défaut de paiement. Pendant que les économies européennes (celle de l'Allemagne en particulier) s'enfoncent dans la récession-déflation que la crise ukrainienne et russse aggrave.

Avant que les USA en payent aussi la note, leur production de pétrole et de gaz de schiste n'étant plus rentable en dessous de 70 $ le baril, comme plusieurs autres pays producteurs sud-américains (Vénézuela), africains (Nigéria, Angola) et même européens (Norvège, Royaume-Uni) ou moyen-orientaux (les Etats du Golfe), dont les réserves de change chutent au moment même où l'endettement de plusieurs d'entre-eux ne faiblit pas. Une vague de faillites d'entreprises internationales du secteur pétrolier et gazier et de défauts d'obligations desdites entreprises, et même souveraines de certains pays producteurs, ne manquerait pas de se produire en cas de chute incontrôlée du prix du baril...

Il est vital pour les Occidentaux de cesser de jouer avec le feu à l'égard de la Russie et pour les dirigeants de cette dernière de garder leur sang froid. L'amateurisme dangereux d'Obama que les électeurs US viennent de désavouer en plaçant le véritable pouvoir dans les mains du Congrès républicain plutôt va-t-en guerre et la détermination de Poutine qui a le soutien de la population russe, sur fond d'absence de personnalités européennes à la hauteur de la situation,( A.Merckel dépassée, F.Hollande ridicule) augure mal d'une solution négociée rapide entre les adversaires.

Les événements actuels ressemblent à la crise des missiles survenue en octobre 1962 qui a opposé les USA et l'URSS au sujet des fusées nucléaires soviétiques pointées sur le territoire des Etats-Unis depuis Cuba, sauf que la situation est inversée dans la mesure où c'est la Russie qui est maintenant menacée par l'OTAN c'est-à-dire les USA en Ukraine et chez elle en Crimée, indépendamment de la guerre économique sans merci que l' Occident lui livre.

Pour le reste chaque jour apporte son lot de révélations sur les manipulations des marchés financiers par les banques privées et les amendes qu'elles négocient avec les autorités pour stopper les poursuites à leur encontre, ce qui ne les incite pas à cesser leurs pratiques déloyales puisque lesdites amendes ne sont que des gouttes d'eau par rapport aux profits qu'elles en retirent. Et les interventions des banques centrales qui persistent à traiter la crise mondiale par des injections conjoncturelles de monnaie qui ne font qu'entretenir la bulle des actions sans régler les problèmes réels d'économies sans croissance et du chômage de masse étant donné que toute cette liquidité inutile reste bloquée dans la trappe du même nom.