Sans Kissinger pour négocier le pétrodollar et remettre la monnaie américaine au centre du jeu mondial après le choc de l'annonce de Nixon en 1971 d'interrompre la convertibilité du dollar en or, le billet vert ne serait plus la référence mondiale depuis plus de 40 ans.

Trump saura-t-il s'entourer de conseillers de même calibre - et saura-t-il les écouter ? Car un choc de même ampleur est en gestation : il s'appelle défaut de paiement sur la dette publique étasunienne. C'est en effet le tabou qu'a levé l'élection de Trump. Alors; prophétie auto-réalisatrice ou sain débat ? Solution ou catastrophe ?

L'impensable défaut souverain.

S'il est un pays interdit de défaut sur sa dette publique, ce sont les États-Unis. Les bons du Trésor US sont en effet au coeur du système financier mondial, considérés comme le safe haven ultime et comme le marché d'obligations le plus liquide au monde. Il va sans dire que personne n'envisage que les Etats-Unis puissent manquer le moindre remboursement de leurs obligations souveraines.

La déflagration qu'un tel défaut engendrerait serait, semble-t-il, sans commune mesure avec celle de la faillite de Lehman Brothers, si l'on se réfère aux montants en jeu  (600 milliards de dollars pour Lehman, contre 20 000 milliards de dette publique US) et à la place systémique de Wall Street, et plus généralement de la finance outre-atlantique.

Des États-Unis qui tiennent leur rang dans l'ordre mondial actuel sont clairement privés de cette option, qui est pourtant assez courante pour les autres pays? ( au cours des 35 dernières années, nous ne comptons pas moins de 70 défauts souverains dans le monde (!)...). Mais les États-Unis , eux , n'ont jamais fait défaut sur leur dette fédérale. C'est une valeur sûre et un défaut souverian US est donc impensable. Impensable? Au même titre que le Brexit ou que l'élection de Donald Trump?

La certitude s'effrite

Officiellement, l'Etat fédéral américain, n'a effectivement jamais fait défaut. Et pourtant...;Comment qualifier l'arrêt en 1971 de la convertibilité du dollar en or, entraînant par rapport au métal précieux un perte en valeur majeure du dollar, et avec elle de la dette nord-américaine ? Ou encore les dévaluation similaires de 1933 et 1934 sous Roosevelt ? On le voit, cela ne prend pas forcement la forme d'une cessation de paiement claire et nette...Et puisque l'on évoque Roosevelt, le pan du "programme" de Trump consistant en une relance économique via les infrastructures ne fait-il pas vaguement penser au New Deal, créant à priori la même tentation de dévaluer fortement le billet vert ?

Cela pourrait être de hasardeuses spéculations si Trump n'avait pas lui-même affiché lors de sa campagne sa volonté de renégocier la dette publique américaine si nécessaire. Attention, l'on ne peut prétendre que Trump fait ce qu'il veut sur ce sujet (ni aucun autre d'ailleurs) bien au contraire : il est sans doute instrumentalisé sur de nombreux points de sa politique? Néanmoins le tabou est levé et il n'est désormais plus inconcevable que les États-Unis fassent un jour défaut ( sous une forme ou une autre) sur leur dette publique fédérale, et cela change déjà tout.

Libération de l'endettement

Ce qu'apporte ce changement de perspective sur la dette US est bien résumé par cette phrase de Trump : "j'emprunterais, sachant que si l"économie se crashe, on pourrait négocier. Et si l'économie va bien, c'est bien. Donc on ne peut pas perdre."

A dire vrai, difficile de ne pas lui accorder un certain bon sens : il aurait tort de se priver d'emprunter sur les marchés, étant donné que le pays peut le faire à des taux historiquement bas. Par ailleurs, les États-Unis ne sont pas l'Argentine ni la Grèce, et les marchés oublieraient bien vite un défaut de paiement US et leur prêteraient à nouveau sans tarder pour profiter des nouvelles perspectives économiques du pays précisément onvertes par la restructuration.La période douloureuse semble aainsi restreinte aux quelques mois qui précéderaient et qui suivrait le défaut.

La levé de ce tabou a donc pour première conséquence de débrider l'endettement public étasunien, qui sera en effet nécessaire si Trump veut, comme il l'a promis, réduuire les impôts tout en menant à bien son plan de soutien à l'économie.