Source ; LEAP2020

Dans la crise systémique globale en cours, LEAP souligne depuis quelques années déjà le "brouillard statistique" pour qualifier l'incapacité des outils actuels à mesurer l'économie réelle, voire la manipulation de ceux-ci afin de faire correspondre les résultats au discours politique (ou l'inverse).

Si l'on met de côté cette tentative de manipulation, ce "brouillard statistique" provient également du fait que l'économie évolue profondément et que les indicateurs d'hier (PIB, chômage, etc) ne sont plus pertinents dans le monde d'aujourd'hui.Après quelques vaines velléités de transformation de ces indicateurs depuis plus d'une décennie, on voit naître de nouvelles initiatives (durables cette fois-ci ?) et qui occasionneront à court terme une certaine confusion avant de s'hamoniser d'ici 2025 sous l'impulsion d'instances internationales comme le G20

Les débats ou les propositions des campagnes électorales le montrent suffisamment : seuls semblent compter le taux de croissance du PIB d'une part, et le taux de chômage d'autre part. Ce n'est guère étonnant dans un système ou le travail, tout comme l'accroissement "des richesses" tiennent une place centrale. Ces deux indicateurs ont aiguillé les politiques pendant de longues décennies avec des résultats qui peuvent être jugés satisfaisants sous de nombreux aspects.

Néanmoins, si chaque point de croissance est de plus en plus difficile à aller chercher et le taux de chômage reste constamment si haut, c'est qu'il y a une raison.La société se transforme radicalement et ces deux indicateurs, qui ne reflètent pas ces évolutions,commencent à devenir obsolètes. Leurs limitations ont plusieurs causes : statistique d'une part, politique ou idéologique d'autre part, mais surtout, plus fondamentalement, ces indicateurs eux-mêmes, par construction, ne mesurent pas le développement harmonieux d'une société.

Ces deux indicateurs sont tellement emblématiques qu'elles font évidemment l'objet d'une pression politique intense et sont constamment l'objet de comparaison internationales. Et là surgissent les premiers problèmes...Comment comparer des économies fonctionnant en devises différentes;, dont les taux de change ne cessent de bouger violemment ? Nous avons déjà vu les effets pervers liés à l'utilisation d'un étalon unique, le dollar : nous en avons ici une nouvelle illustration. Ainsi les États-Unis sont de loin le premier pays pour le PIB nominal exprimé en dollar, tandis qu'ils sont derrière la Chine en parité de pouvoir d'achat (PPA).

Autre exemple, quel sens a la comparaison de la croissance du PIB aux États-Unis, pays dont la population croît de 0,7% par an , à celle de la zone euro où la population croît seulement de 0,3% par an ? Ou encore, pourquoi comparer les revenus par habitant entre un pays où des services essentiels comme l'éducation ou la santé sont onéreux, à un autre où ils sont gratuits ?

Concernant le taux de chômage, les comparaisons sont plus délicates encore, car les méthodes de calcul différent entre pays. On peut citer le site ShadowStats pour son calcul alternatif du taux de chômage US, sans doute plus fidèle à la "réalité" (du moins celle ressentie par la majorité des américains) : celui-ci donne un image singulièrement différente du marché du travail US.

Dans le cas du taux de chômage, ces statistiques ne mesurent pas ce qu'elles prétendent mesurer ( ou plutôt ce que l'on entend communément par "chômage") et sont donc trompeuses. Il en est de même pour le PIB qui n'est qu'un piètre reflet de la "richesse" d'une nation. C'est d'autant plus dommageable lorsqu'elles servent de guide à une politique économique, par exemple la modération salariale en Allemagne, au détriment des ses partenaires, ou encore le dumping fiscal irlandais pour attirer les multinationales.