L'Organisation de Coopération de Shanghaï mène la grande transformation de l'Eurasie.

Elle est en voie de passer de la coopération en matière de sécurité et de défense à un effort supplémentaire dans les domaines économiques et financiers.Durant son quinzième sommet, tenu début novembre, le Premier ministre chinois, Li Keqiang, a proposé à ses membres l'établissement d'une zone de libre-échange commercial et la création d'une banque régionale de développement, qui augmentera l'influence de Bejing et de Moscou sur une région qui, de l'avis des principaux stratèges des États-Unis; définira finalement le futur de l'hégémonie globale.

Zbigniew Brzezinski, qui était conseiller à la sécurité nationale du président Jimmy Carter, a écrit en 1997 dans son livre "Le Grand échiquier" : La primauté américaine et ses impératifs géostratégiques, que l'une des conditions pour que les États-Unis conservent leur hégémonie mondiale était d'empêcher, à tout prix, l'émergence d'une puissance concurrente en Eurasie.

( à noter que Brzezinski abandonne l'empire...voir mon article du 27/11/16 intitulé  : L'Echiquier brisé).

Aujourd'hui, non seulement Washington n'a plus de contrôle sur cette zone, mais les Chinois mènent, avec la Russie, la construction d'un réseau économique et financier concernant tous les pays de la région. Presque tous les médias occidentaux ont occulté que, début novembre, le Premier ministre chinois, Li Keqiang, a visité plusieurs pays d'Asie centrale. Li a atterri à Bichkek (Kirghizistan) pour participer au quinzième sommet des chefs de gouvernement de l' Organisation de Coopération de Schanghaï (OCS)

L'OCS qui couvre environ 300 millions de kilomètres carrés, 60% de toute l'Eurasie et abrite un quart de la population mondiale, est composée de la Chine, de la Russie, du Kazakhstan, du Kighizistan, du Tadjikistan et du l'Ouzbékistan. L'Inde et le Pakistan sont dans une processus d'adhésion qui devrait se conclure au sommet d'Astana, qui se tiendra en juin 2017.Ne pas oublier aussi l'Iran qui a développé considérablement ses échanges avec la Chine depuis deux ans.

L'OCS s'engage maintenant dans la coopération économique et financière. Juste au moment où le commerce international des pays de l'OCS a enregistré sa pire performance depuis le début de la crise financière de 2008, il est devenu urgent de renforcer les liens, tant en termes d'échanges commerciaux que d'investissements. Pour faire face au ralentissement économique mondial, il est impératif que les pays émergents renforcent leurs relations Sud-Sud afin de réduire leur dépendance à l'égard des pays occidentaux,aujourd'hui embourbés dans la stagnation.

L'élimination des barrières tarifaires pourrait bien permettre aux pays de l'OCS d'augmenter les flux commerciaux et les investissements de façon substantielle avec les blocs régionaux constitués par les économies émergentes : par exemple, l'Union eurasienne économique (UEE composée de la Russie, de la Bielorussie, du Kazakhstan de l'Arménie et du Kirghizistan) .

En outre, au cours de la réunion avec ses homologues de l'OCS , Li a promu la mise en service d'une banque régionale de développement, et d'un fonds de crédit spécial. A son avis, ces instruments seront en mesure de répondre aux besoins de financement de la région eurasienne. Si elles se concrétisent ces institutions ajouteraient aux institutions financières menées par la Chine qui ont été lancées ces dernières années : La Nouvelle Banque de développement des BRICS et la Banque asiatique d'investissement dans l'infrastructure.

Il est important de noter que toutes ces initiatives participent à l'objectif principal de canalisation de l'épargne des pays émergents vers le financement de l'initiative économique internationale la plus ambitieuse entreprise par la Chine au cours des dernières années, la Nouvelle Route de la Soie : "Une Ceinture une Route" un vaste réseau de transport reliant les pays de l'Est, du Sud et du Sud-Est asiatique avec le Moyen-Orient et l'Afrique du nord jusqu'à l'Europe.

La Chine confirme que l'intégration économique de l'Asie est l'une de ses priorités stratégiques. Bien que l'administration Obama a lancé la doctrine du "pivot vers l'Asie" en 2011, une stratégie de défense qui avait pour mission de contenir la montée de Bejing en tant que superpuissance, ses dirigeants ont réussi avec de nombreux succès à consolider leur leadership régional. Maintenant, il semble que l'avertissement prodigué par Brzezinski il y a près de deux décennies, soit devenu une réalité douloureuse pour les États-Unis: L'OCS soutenue majoritairement par la Chine et la Russie a conduit à la grande transformation de l'Eurasie.