Source LEAP2020

L'immense reconfiguration géopolitique globale

impose de manière vitale aux dirigeants de l'UE et à ses décideurs une mutation profonde.

Au coeur de la crise systémique globale, la transformation du rôle er de la place des États-Unis dans le monde, associés structurels du projet communautaire depuis l'origine mais surtout depuis la chute du Mur de Berlin, accentue cet impératif non seulement des relations extérieures mais de la nature même de l'UE et de son administration la plus emblématique : la Commission européenne.

- Dégradation visible de la relation transatlantique

Entre le refus franco-allemand de suivre les États-Unis dans leur guerre en Irak en 2003,et la "possibilité de Trump"    à la présidence américaine en cette fin 2016, treize années se sont écoulées durant lesquelles les relations transatlantiques ont connu toutes sortes d'aléas : depuis de grands moments de symbiose apparente ( élection de Sarkozy à la tête du plus anti-atlantiste de tous les pays de l'UE en 2007, communion contre la Russie en 2014...) jusqu'aux plus profondes remises en question (crise des écoutes de la NSA, campagne anti-TTIP..)

On observe actuellement une intensification des indicateurs de rupture. Pour ne citer que les plus connus, remettant tous en question des points particulièrement fondamentaux de la relation transatlantique.

- mesures contre Barroso en réponse à son embauche par Goldman Sachs : le président de la Commission le plus emblématique d'un pro-atlantisme aveugle et inconditionnel embauché par l"institution financière américaine notamment responsable de la mauvaise instruction du dossier sur l'état d'endettement de la Grèce dans le cadre de la décision d'intégrer ce pays dans la zone euro...il y a quelque temps encore, ce genre de scandale aurait pu ne pas éclater : cette fois, non seulement les médias s'emparent du sujet mais la Commission réagit en lui retirant ses droits privilégiés liés à ses anciennes responsabilités.

- application de mesures en matière de visas entre l'Amérique du Nord et l'UE : en application des principes de solidarité européenne, la Commission européenne a durci le ton vis-à-vis des États-Unis et du Canada qui appliquent toujours une politique de visas aux ressortissants de certains pays de l'UE; elle menace de mettre en place une mesure de réciprocité en demandant des visas aux ressortissants américains et canadiens voyageant en Europe; en juillet dernier, elle a finalement laissé un délai de 6 mois à ces deux pays pour supprimer les demandes de visas pour tous les pays de l'UE sinon la mesure de réciprocité sera appliquée. A suivre à la fin de l'année. Mais on dirait tout de même vraiment que l'UE via la Commisssion européenne ait décidé de moins se faire marcher sur les pieds par ses grands alliés nord-américains.

- déclaration simultanée de GABIREL et de HOLLANDE tentant d'enterrer le TTIP : cet été, le ministre allemand de l'économie, Sigmar Gabriel, et le président français François Hollande, ont fait des déclarations convergentes sur le fait que le TTIP était mort-né et que les négociations devaient être arrêtées, donnant lieu à des échanges acerbes entre Hollande et Juncker.

- réactivation des projets d'une Europe de la Défense suite à la sortie de la Turquie de l'OTAN; le fait est que l'Alliance est en piteux état, notamment depuis que Erdogan a remis de l'ordre dans son armée, rétabli de bonnes relations avec la Russie et tourné le dos à l'UE. Suite et fin d'une longue page de l'histoire stratégique des relations transatlantique...et l'UE pour lancer son projet d'Europe de la défense.

- remise en question de la quasi-défiscalisation des grandes multinationales américaines en Europe symbolisée par l'affaire Apple : les 13 milliards d'arrièrés d'impôts demandés par la Commission européenne à Apple servent bien sûr une stratégie commune interne à redonner aiu continent une capacité de prélèvement fiscal, il n'a pas néanmoins échappé à personne que les États-Unis étaient également visés à travers Apple ( les Etats-Unis ont officiellement tenté de bloquer la demande de l'UE à Apple ..en vain ) dans le cadre d'une certaine réciprocité là encore aux amandes faramineuses imposées par le gouvernement américain aux banques européennes,(on parle d'une amande de 14 milliards de dollars qui serait infligée à la Deutsh Bank à propos des subprimes.!),  mais plus largement sans doute dans le cadre d'une profonde remise en question des avantages tactiquement acquis par les États-Unis grâce à "l'inconditionnalité à sens unique" de la relation transatlantique.

Brexit et "possibilité de Trump / probabilité d'Hillary" à l'oeuvre derrière cet affaiblissement

Deux facteurs convergents et contribuant à accélérer ce "largage" des États-Unis par l'Europe

- la "possibilité de Trump"  à la tête des États-Unis en novembre prochain, impose à l' UE (et au reste du monde) de voir que la première puissance mondiale est désormais capable d'élire de genre de dirigeant. S'ajoute à cette "possibilité de Trump" l'inquitude, celle -ci moins visible, que suscité la "probabilité d'Hillary" en Europe dans le  monde et^même dans les opinions publiques américaines. Entre la "peste et le choléra", les perspectives sur la prochaine présidence des États-Unis provoquent la rupture des liens qui retenaient ensemble les deux rives de l'Atlantique.

- le Brexit bien entendu, que sort de l'UE le pays qui a servi la stratégie américaine en Europe depuis trente ans. Cela dit, le Royaume-Uni se libère aussi du rôle, devenu structurel et remis n question apr les nouvelles alliances de ce pays avec la Chine, qui lui avait été imparti par les États-Unis par rapport au continent. Ce n'est donc pas seulement l'UE qui se libère de la tutelle américaine en se débarrassant du Royaume-Uni, mais aussi d'une certaine manière le Royaume-Unis qui se libère de la tutelle américaine en se dégageant de l'UE..!