Source :  Les éconoclastes

Monsieur Barroso s'est fait embaucher par Goldman-Sachs, et cela a fait scandale. Certains ont trouvé étonnant que l'ancien responsable de la Commission européenne aille se vendre à une banque d'affaire américaine.

Ce qui peut susciter l'étonnement est plutôt leur étonnement. Car, les relations incestueuses des grands responsables européens avec les grandes banques d'affaires ne datent pas d'hier, ni d'avant-hier. De fait, qu'il s'agisses de Mario Monti, ancien responsable de la Commission et ancien Premier-ministre italien, de Mario Draghi, ci-devant Président de la BCE, de Lucas Papademos, nombreux sont les dirigeants qui ont été élevés dans l'écurie Goldman Sachs.

Plutôt que de se scandaliser, avec retard et sans grands effets, il eut mieux valu empêcher cela, et considérer que - si l' UE doit être indépendante de la finance américaine - un mur d'airain devait être dressé entre des mondes. Mais peut-être, en vérité, ne l'a-t-on pas voulu...Peut-être bien que l'UE est simplement un instrument de la "haute finance" américaine. D'ailleurs n'est-ce pas cette même Goldman Sachs qui avait aidé le gouvernement grec à maquiller ses comptes en 2001, et ce au su et vu de Bruxelles ?

Si telle est la vérité, alors il n'y a pas de quoi se scandaliser de l'attitude d'un Barroso aujourd'hui et d'un autre, pourquoi pas Moscovici, demain. L'indignation de certains, comme l'éditotialiste du journal "Le Monde" est donc mal placée. Il faudrait réfléchir à ce qu'a été depuis 15 ans l'UE pour les peuples européens. Mais que voulez-vous, et pour plagier feu le regretté Jacques Brel, " Chez ces gens là, Monsieur, on ne pense pas, on compte".

Il est cependant intéressant de lire ce que dit, et ce que pense, Juan-Manuel Barroso. Le discours qu'il prononça au début du printemps 2014 en Californie, à l'université de Stanford est, à cet égard, parfaitement exemplaire de l'imaginaire du personnage, et avec ce dernier de nombreux parmi les dirigeants européens.On a eu tendance à railler son manque ce charisme. C'est oublier que le charisme n'est une qualité indispensable que dans un univers où les décisions sont prises par des dirigeants identifiables et si possible élus. Barroso est donc très représentatif et en un sens exemplaire de l'idéologie de l' UE.

La mondialisation est alors présentée par Barroso dans son discours de Stanford comme un "contexte" mais non comme un objectif.Mais alors d'où vient ce contexte? Existerait-il des "forces" surhumaines qui seraient en mesure de façonner le monde ne nous laissant plus à nous, pauvres humains, qu'une simple tache d'adaptation ? Que signifie donc cette "naturalisation" de l'Histoire?

La mondialisation a été porteuse de bien des passions, souvent contradictoires. Elle a été adulée par les uns, tout comme elle fut, et elle reste, vilipendée par les autres. Le monde a connu bien des épisodes de flux et de reflux dans les liens économiques et financiers. Il est clair que la mondialisation n'est plus "soutenable". Elle commence à poser des problèmes, qu'ils soient sociaux, écologiques ou même politiques, tout à fait dramatiques dans nombre de régions du globe. La mondialisation s'est avérée incapable d'aider les pays en voie de développement, en dehors de ceux qui ont maintenu des politiques nationales très développées.

La question de la raison de la mondialisation est posée. Elle a été une puissante arme des dominants pour tenter de reprendre tout ce qu'ils avaient concéder des années 1950 aux années 1970. La mondialisation a conduit à de profondes régressions sociales dans les pays développés. De ce point de vue, elle apparaît comme une politique qui "appauvrit les pauvres des pays riches et enrichit les riches des pays pauvres.

Pour atteindre ses buts, il fallait cependant la présenter comme un processus naturel, et il fallait mettre en scène les différentes figures de l'impuissance de l'État. Le passage progressif à la mondialisation a ainsi permis de faire passer, dans les principaux pays européens, les meusres destinées à faire baisser , en terme relatif ou absolus, les salaires et surtout les salaires des ouvriers. Ceci a été présenté comme le produit d'une évidence,d'une sorte de "loi de la nature". Ce discours a produit un mécanisme progressif d'acceptation des mesures qui étaient ainsi préconisées. On perçoit mieux maintenant ce à quoi tend le discours de personnes comme Barroso.

Décryptons le discours : L' UE n'est pas un "super Etat" bieb entendu. Ce simple concept doit faire frémir d'horreur tous Bruxelles, et jeter les habitants du Berlaymont dans des trans d'effroi. En fait, se situant dans un entre-deux, Barroso, et avec lui les différents bureaucrates européens, espèrent bien être quitte de l'interrogation de démocratie, désormais récurrente à propos de l'UE. L'UE n'est pas un super Etat ? Fort bien, on n'a donc pas à faire la démonstration qu'il existe un peuple européen, ni à mettre ces institutions sous le contrôle d'une souveraineté populaire. Mais l'UE n'est pas, non plus une "organisation internationale". Ce point est important. Si l'on considère que l'UE est bien une organisation internationale, alors le droit de coordination l"emporte sur le droit de subordination. Les décisions ne peuvent être prises qu'à l'unanimité des États participants, et le contrôle de la souveraineté populaire se recompose de manière réelle. 

Cette volonté farouche de faire disparaître du champ politique le principe de la souveraineté ne peut se justifier que par la volonté de faire disparaître aussi le principe de démocratie. Voilà donc ce qui se cache derrière Monsieur Barroso, et quelques autres. Une haine farouche, hystérique, de la démocratie parce qu'elle peut remettre en cause, à tout instant, leurs prébendes et leurs privilèges. Après tout, que Barroso et ses amis aillent à Goldman Sachs n'est pas un problème. Ce qui l'est, c'est qu'ils ont fait quand ils étaient aux commandes de l'UE. Alors, qu'ils aillent donc à New-york ou au diable Vauvert, et qu'ils y restent ! Car, ce qui les attend en Europe, c'est vraisemblablement un pique et leur tête au bout..!