Source : LEAP2020

En 2014 déjà LEAP anticipait le délitement oriental de l'UE suite au différend euro-russe. A peine deux ans plus tard, les dégâts deviennent visibles. Si l' Europe et la Russie ne parviennent pas à renouer le dialogue, le pire est à attendre dans cette partie de l'Europe où les anciens démons sont en pleine résurrection (guerre froide, guerres européennes, balkanisation et logique d'empire..) et où tous les échecs de la politique d'élargissement de l'UE commencent à se révéler.

L'intégration de l'Europe de l'Est est un échec.

Le plus grand échec des 30 dernières années de construction européenne est bien la politique d'élargissement aux pays du bloc soviétique. Cette politique essentiellement mue par l'âpreté au gain des entreprises d'Europe de l'Ouest (et au-delà) s'est faite aux dépens de l'intégration politique du continent dans son ensemble et des population de l'Est en particulier. Il a souvent été évoqué les faibles taux de participation aux élections européennes dans cette région qui était pourtant si avide de rentrer dans l'UE. Le flanc oriental de l'UE est désormais un patchwork de pays mus par des motivations différentes, intégrés à des degrés divers et traversés par des intérêts de toutes natures. les risques de délitement et de conflits sont immenses et menacent les projet européen, bien plus que l'hypothèse d'une sortie du Royaume-Uni  (qui n'a toujours eu qu'un pouce du doigt de pied dans l'UE..!).

La crise euro-russe de 2014 a créé les conditions d'une dislocation de cette région, désormais tiraillée entre d'innombrables intérêts et avenirs possibles. La montée des extrêmes-droites, notamment, date de 2014, comme par hasard. La conscience de ces dangers amène à anticiper que les Européens parviendront à mettre fin aux sanctions contre la Russie à la fin de l'année. Si jamais ils n'y arrivaient pas, la dislocation de cette région du monde n'ira pas sans une explosion de tensions entre l'Europe et la Russie. Explosion dont le détonateur pourrait bien se situer dans les Balkans d'ailleurs..!

Schengen, euro, UE : une intégration à vitesse multiples ;

Dans les faits, regardons la disparité de cette zone d'élagissement post-chute du mur. Certains pays sont membres de tous les niveaux d'intégration européenne ( UE, euro, Schengen), à savoir la Slovénie, l'Estonie, la Lettonie et la Slovaquie. Cette liste révèle une certaine aberration à voir figurer duex ou trois pays baltes en lieu et place de la Pologne ou de la République tchèque qui sembleraient des membres complets plus logiques.

D'autres pays sont membres de l'UE et de la zone Schengen, mais pas de la zone euro : la Pologne, République Tchèque, Hongire, Lithuanie. D'autres ne sont membres que de l'UE, parfaits membres de seconde zone, tels que la Roumanie, la Bulgarie et la Croatie. Certes, il s'agit des derniers arrivés, mais les réticences de fond à voir ces pays accéder au privilège de la liberté de déplacement (zone Schengen) semblent bienpa  ancrés.

Et puis il y a les pays candidats, coupés de tout avenir qu'européen, qui se voient indéfiniment promettre la prise en compte de leur demande d'adhésion, indistinctement mélangés entre membres réellement potentiels et affabulations complètes : pays des Balkans, Ukraine, Turquie, Géorgie.

De grandes disparités économiques

Tout ceci révèle un échec de convergence économique qui était pourtant la motivation principale à l'entrée dans l'UE. Ces disparités sont tout aussi criantes en Europe Occidentale mais la motivation économique à l'entére dans l' UE concernait surtout trois pays ( Portugal, Espagne et Grèce) alors qu'elle concerne la totalité des pays d'Europe centrale et orientale. Le sentiment de déception est donc inévitablement beaucoup plus fort dans ces pays. On leur a vendu l'intégration en leur faisant miroiter un profit rapide qui n'est pas au rendez-vous. La convergence économique assortie à l'intégration à la zone économique commune s'avère être un mensonge.

Armée, églises : Europe de l'Est, terre de conquête

L'échec d'intégration et la crise euro-russe ont en outre transformé l'Europe centrale et orientale en véritable foire d'empoigne. Les intérêts étranges qui s-y affrontent sont bien sûr l' UE, la Russie et les Etats-Unis. Toute l'Europe centrale et orientale souhaite rester dans l'UE mais certains voient dans l'Europe une simple extension de l'Amérique dont ils exigent la protection (pays baltes, Pologne), tandis que d'autres réclament que leur participation à l'UE ne les coupe pas de leur grand voisin russe (Hongrie, Slovaquie, Bulgarie). Les hostiliés sont déclanchées et les grandes puissances jouent de tous leurs outils d'influence : OTAN en ce qui concerne les Etats-Unis, propagande du côté russe...et du côté occidental aussi puisque l'OTAN passe son temps à parler de contre-propagande, et religion des deux côtés également.

Ce dernier point est particulièrement intéressant car bien peu observé. En réalité, depuis la fin du communisme, le sentiment religieux, bridé pendant les décennies soviétiques, a explosé en Russie et dans les pays d'Europe centrale et orientale. A la manoeuvre derrière ce authentique retour à la fois, on a vu dès le début des années 90 tout un tas de sectes évangéliques venues d'outre-Antlantique s'installer dans les campagnes de Roumanie et d'ailleurs, avec beaucoup d'argent et des programmes sociaux détournant facilement ces oies "blanches" de leurs religions historiques (catholicisme et orthodoxie)

L'orthodoxie russe a mis un peu de temps à revenir mais elle est maintenant bien là. Par exemple, la Roumanie se couvre actuellement de monastères orthodoxes (bien plus vite que d'hopitaux) y compris dans les régions de l'Ouest historiquement catholiques.