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OTAN, Banques Centrales, TTIP, les élites occidentales en mode panique pour un avenir en forme de point d'interrogation

Le sentiment de "ne plus savoir où donner de la tête" pour continuer à fournir une image cohérente et complète de la crise face à l'amoncellement d'indicateurs de transformation, n'est probablement rien comparé à ce que ressentent les dirigeants et leurs conseillers. C'est ce constat de perte de contrôle du cours des événements caractérisant probablement le leadership occidental en 2016 qui rend assez inquiètante et difficile la suite de l'année.

Tout le monde a le sentiment que nous approchons du dénouement de 10 ans  de changement de paradigme, mais le "sentiment de panique" que semble créer la perspective de changement effectif parmi les gouvernants, occidentaux en particulier, est une fois encore ce qui oblige à se demander quelle forme exacte prendra ce dénouement.

Cette caractéristique est une tendance forte de l'année 2016, l'une de celle qui justifie d'ailleurs le fameux "repli stratégique" identifié comme la note dominante de l'année.Ainsi voici listée une série de faits révélant cet " état de panique" croissant et de tendances qui risquent encore de l'aggraver.

Quelques indicateurs inquiétants de panique parmi les élites occidentales

Théoriciens du complot au coeur de l'OTAN

Commençons par cette remarque incroyable d'un haut responsable américain de l'OTAN qui a déclaré que " la Russie et la Syrie arment les migrants pour nuire à l'Europe" (source : CNBC 02/03/16) ou d'un expert en communication de l'OTAN analysant que " Poutine utilise la crise des migrants pour renverser Merkel (source : i24news 06/03/16) . Depuis tant d'années, ce type de discours, lorsqu'il est appliqué aux États-Unis, s'est vu décerné une belle étiquette de " théorie du complot" coupant l'herbe sous le pied des plus légitimes questionnements. Pourtant, le coeur du coeur de la pensée officielle se vautre désormais dans les hypothèses les plus paranoïaques sur les manoeuvres occultes de réseaux russo-shiites visant à destabiliser l'Europe.

Alors que l'enchaînement des faits depuis le déclenchement de la guerre en Syrie, la catastrophique gestion de la crise par les puissances étrangères occidentales, l'irruption d'une armée de fanatiques religieux dans le chaos général, les bombardements (alliés pour commencer), tout cela suffisait largement à expliquer le phénomène, selon le principe du rasoir d' Ockman d'après lequel  " les hypothèses suffisantes les plus simples sont les plus vraisemblables" (source : rasoir d'Ockland, wikipédia).

Par conséquent, si les généraux de l'OTAN, du haut de ce qui est censé être l'institution militaire le plus puissante au monde, se livrent à de telles conjectures publiquement, c'est qu'ils ne contrôlent plus rien. Et le fait est que l'intervention de la Russie dans le jeu moyen-oriental constitue un changement de donne historique absolument considérable, remettant en question la suprématie de l' OTAN dans le maintien de la "Pax americana" au sein de l'axe transatlantique.

En réalité, l'OTAN, qui a raté sa transformation post-chute du mur, est aujourd'hui confrontée aux dernières étapes d'une crise existentielle profonde : échouer à survivre ou échouer à maintenir la paix. Les Européens veulent la transformer en Europe de la défense et, en attendant, ne veulent plus la financer (source : About Croatia 28/01/16)..les États-Unis se posent des questions sur leur participation (source : National Intérest 07/10/15) la Turquie l'entraîne aux côtés de l'Arabie Saoudite, et son etat-major passe son temps à créer les conditions pour une escalade de tensions euro-russe. Quant à Merkel, elle lui propose de faire du sauvetage en mer Egée dans le but louable de la détourner de sa petite guéguerre avec la Russie (source : Euronews 10/02/16).

Cela dit, la disparition de l'OTAN fait partie des hypothèses qui tétanisent nos dirigeants, car s'ils ont la responsabilité de contribuer à l'adaptation du système d'où ils sont issus, il ne faut pas oublier qu'ils oeuvrent aussi à la préservation de ce système. Réformer l'OTAN serait leur plus belle réussite. En revanche, la voir disparaître correspond à une angoisse existentielle pour tout membre de l'élite occidentale. IL faut être un politique de tout premier plan pour assumer la mort d'une organisation aussi symboliquement centrale que l' OTAN, surtout dans l'instabilité ambiante actuelle. Le "mode panique" est donc clair du côté des responsables de l'OTAN, mais sans doute aussi chez une partie des dirigeants européens.

Chaud-froid décisionnel sur la crise des migrants

En matière de gestion de la crise des réfugiés, les décisions prises lors du dernier sommet UE-Turquie sont impressionnantes d'incohérence : d'une part, une solution semble avoir été trouvée (que ce soit la Turquie, plutôt que la Grèce, qui assume le rôle de camp de transit vers l'Europe, et que l'UE soit en mesure de gérer les flux de manière organisés )( source :BBC 08/03/16) ; mais d'autre part, cette solution se met en place en échange de promesses de visas libres et de promesses d'intégration européenne qui annulent le caractère rassurant du premier point par rapport à la crise d'angoisse indentitaire des Européens (source : Politico 07/03/16) la Turquie garde ses 2,3 millions de réfugiés....mais on intègre 75 millions de Turcs plus les 2,3 millions de réfugiés dans l'UE..!

L'accord, qui semble être le fait de Merkel (DE) , Davutoglu (TR) et Rutte (NL) et avoir laissé sur le côté les représentants européens Juncker et Tusk, doit encore être validé par le prochain Conseil de l'UE le 17 mars. Le mécontentement qu'il va généré dans l'opinion risque de se focaliser une fois de plus sur l'UE alors que ce sont quelques dirigeants nationaux qui, bon an mal an, prennent les décisions pendant que les autres dirigeants se défaussent (source : euractiv 08/03/16).

Ce genre d'accord qui met tout le monde en colère (y compris les Turcs d'ailleurs, dont beaucoup doivent se douter que cette nouvelle couche d'espoirs d'intégration sera probablement déçue comme les autres) montre combien les situations à gérer sont intriquées et impossibles à résoudre facilement. Et lorsque les dirigeants ne parviennent pas à produire de meilleures solutions sur des problèmes aussi concrets et urgents, il y a fort à gager qu'ils sont en fait "en mode panique".

Les Banques Centrales occidentales ont perdu la main

Il convient ici de comparer l'importance accordée il y a seulement 8 ans encore aux déclarations sibyllines d'un Ben Bernanke dont l'exégèse dictait sa loi aux marchés (source : market watch 23/05/2013), et celle que prêtent les marchés à des événements aussi capitaux que la première hausse depuis 10 ans des taux d'intérêts par Janet Yellen il y a quelques mois ( source : Reuters 15/01/16) , ou encore, plus récemment, l'annonce par Mario Draghi d'une nouvelle augmentation significative de son QE européen (source : The Guardian 10/03/16). Non seulement ces très grandes décisions n'ont pas eu l'effet escompté sur les marchés qui prennent désormais en compte des tas d'autres paramètres dans leurs stratégies, mais, dans le cas de la BCE, la décision fait l'objet de très vives critiques de la part du coeur du système dans lequel elle s'inscrit : médias financiers et médias allemands pour commencer - source : Les Echos 11/03/16)

Mais par rapport à l'époque où un homme pouvait faire la pluie et le beau temps sur la finance mondiale et au sentiment de confiance et de puissance que cela conférait à cet homme et au système qu'il incarnait, la vie est aujourd'hui infiniment plus compliquée pour ces personnages qui se croient toujours centraux mais dont les baguettes magiques produisent de moins en moins d'effet. "Mode panique enclenché"..;

Signer le TTIP avant le départ d'Obama

La commissaire européenne Cecilia Malmstroem souhaite que le TTIP soir signé avant le départ d'Obama (source : EUObserver 22/02/16). La seule explication d'un tel empressement, c'est que tout le monde sait que, compte tenu d'impopularité du TTIP dans les opinions publiques à l'ère du plutôt apprécié Obama, après ce dernier, l'accord sera totalement invendable. Clinton n'aura jamais une aussi bonne image qu'Obama, et ne parlons pas de Trump. Les "fanatiques du TTIP" qui sillonnent les couloirs de Bruxelles savent donc que cette année est celle de la dernière chance. Ensuite, ils pourront tous tirer un trait sur les centaines de milliers d'heures et d'euro qui ont été dépensées dans ce projet. Alors ils y vont pour une dernière salve ...sans trop y croire probablement déjà.

Mais il est assez choquant de se dire que les responsables de la Commission européenne, sensés tout de m^me servir l'intérêt public européen, soient prêts à forcer un accord de libre-échange avec un pays dont ils savent, de toute évidence (puisqu'ils anticipent que les opinions ne voudront plus du tout du moindre partenariat avec les États-Unis), qu'il risque de partir dans des dérives politiques extrêmement graves. Là encore, il ressort de ce genre d'informantion un sentiment d'affolement de nos élites, tentant à tout prix de réaliser les objectifs d'un système moribond au prix de toute rationalité ou pertinence.