" Le monde d'après"

Les politiques nationaux,bloqués dans des gouvernements technocratiques ou d'union nationale depuis six ans, reprennent vie comme on le voit avec le deuxième "coup d' État" politique de Matteo Renzi, mettant fin à l'allaince avec Silvio Berlusconi en renforçant son camp politique par la nomination d'un chef de l'État socialiste;

et bien entendu, les citoyens qui entendent enfin parler d'une Europe qui débat, réfléchit, cherche des solutions et parle une langue cette fois compréhensible en lieu et place des incessants borborygmes technocratico-financiers auxquels ils ont eu droit jusqu'à présent.

Le seul problème , ce sont encore une fois les médias..Non pas qu'ils soient aussi remontés qu'on aurait pu le craindre contre Syriza, mais plutôt parce qu'ils ont une compréhension extrêmement limitée de l'ampleur des enjeux des négociations en cours entre la Grèce et le reste de la zone euro et de la complexité du projet de réforme qui se noue entre tous ces acteurs (BCE, Eurozone, Grèce, Commission européenne, gouvernements nationaux).(Contrairement là encore à ce que les médias comprennent, un référendum britannique sur une sortie de l'UE se conclura par un refus, (des sondages l'ont déjà montré), et tout le levier de chantage britannique sur l'UE prendra fin ).

La seule lecture à laquelle nous avons droit consiste à deviner si ce qu'il se passe nous rapproche ou nous éloigne d'une rupture de la zone euro. Or, il n'y aura pas de rupture de la zone euro ! Nous sommes tous embarqués dans un bateau qui peut aller loin du moment qu'on se donne les moyens d'en occuper la cabine de pilotage. "L'Histoire" n'a pas été dotée d'une touche Rewind à laquelle seuls les idéologues et les démagogues tentent de faire croire leurs ouailles : le bateau a quitté la rive, et ceux qui en descendront ne noieront et feront chavirer les autres.(La perspective de sortie de l'euro est un levier de négociation plutôt qu'autre chose..quand on voit à quel point le système politique, institutionnel et financier européen vit dans la terreur de la moindre décision susceptible de faire baisser les bourses, on ne les imagine pas excluant l'un de ses membres ! La bonne nouvelle c'est qu'ils vont donc devoir trouver un accord).

Le processus enclenché par Tsipras n'est ni plus ni moins celui d'un changement complet du mode de fonctionnement de la zone euro. Le système de la troïka (FMI, BCE, Commission) a été révoqué, Tsipras exige de négocier avec les représentants élus de la zone euro ,Un nouveau mécanisme de gouvernance plus légitime de la zone euro va devoir être inventé, en plus des solutions propres à la crise grecque. De tesl objectifs ne risquent pas d'être résolus en un tournemain, pas plus que la paix en Ukraine,et entre l'Europe et la Russie. Nous assistons à l'accouchement lent et douloureux de l'Europe et du monde de demain; avec tous les risques qu'un accouchement non médicalisé comporte (faute de toute anticipation).

Les principaux obstacles à la négociation sont essentiellement les suivants : la BCE, qui n'a bien évidemment pas mandat à accéder à la requête d'un seul État et attend donc une décision collégiale de la part de l'ensemble de la zone euro,; l'Allemagne qui perd la domination,-toute relative d'ailleurs- qu'elle avait de la gestion de la zone euro; l'incapacité structurelle du carcan politico-institutionnel actuel à la moindre réforme (qui obligera à aller jusqu'à la rupture); l'influence d'innombrables agendas cachés qui y perdront forcément dans le cadre d'une mise sous contrôle politique du système actuel.  ( un système qui dysfonctionne ne peut même plus servir les lobbies).

Il est une chose qui n'est pas beaucoup commentée dans la victoire de Syriza. Là où nos médias passent leur temps à analyser que les problèmes économiques traversés depuis six ans par la zone euro vont faire monter l'extrémisme politique, on voit avec Syriza que les opinions publiques européennes tiennent remarquablement bien le choc, se refusant dans la mesure du possible à opter pour les solutions radicales...et se ruant sur tout ce qui semble représenter une alternative raisonnable avant tout. L'Internet y est pour beaucoup. Ni les politiques, ni les médias ne peuvent plus prendre en otages les opinions publiques inter-connectées.