A supposer que survienne dans les prochains jours une stabilisation de la situation en Ukraine faisant une place convenable à l'Est russophone, imposée à Kiev par un accord entre la Russie et les Européens, peut-on penser que les États-Unis cesseront pour autant de pousser à la guerre contre la Russie, en Ukraine ou ailleurs ?

On peut craindre qu'il n'en soit rien !

Il faut bien voir en effet que les Etats-Unis sont engagés dans un effort global pour imposer leur domination au monde entier.

Cet effort n'est pas nouveau, il a pris une ampleur tous azimuts depuis la seconde guerre mondiale.Il s'agissait et il s'agit encore aujourd'hui d'une démarche principalement offensive : faire régner partout la suprématie américaine. Le récent rapport dénommé Stratégie pour la Sécurité Nationale, que vient de produire l'administration Obama, avec l'accord du président, est très explicite à cet égard !

Les stratèges américains ont bien compris que la Russie demeure plus que jamais pour l' Amérique une menace quasi existentielle. Ceci non pas principalement parce qu'elle dispose de l'arme nucléaire et de moyens militaires conventionnels modernisés, mais parce qu'elle est le principal moteur d'une réorganisation géostratégique du monde qui se nomme les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud et quelques autres).

Or si les objectifs annoncés par les BRICS se finalisaient ( dédollarisation, Fonds monétaire et Banque mondiale BRICS, grands programmes économiques BRICS), il en serait fini du monopole imposé par Washington, la Banque Fédérale et le dollar au reste du monde. De plus, dans le cadre du BRICS ou dans les structures telles que l'Organisation de coopération de Shanghaï, d'autres rapprochements entre la Russie et la Chine pourront se développer, notamment dans le domaine militaire.

Ces relations bien avancées entre la Russie et la Chine sont déjà perçues à Washington comme s'opposant directement à la politique américaine dite du "pivot vers l'Asie", tendant à encercler puis affaiblir la Chine. Depuis au moins deux ans, celle-ci est considérée au même titre que la Russie comme un adversaire potentiel dont il faut par tous les moyens limiter la montée en puissance. Il est clair que si la Russie s'effondrait sous les diverses agressions diplomatiques, économiques et éventuellement militaires menées contre elle en Ukraine et ailleurs, notamment au Moyen-Orient, il en serait de même de la Chine. Washington pourrait alors la manipuler, comme il essaye constamment aujourd'hui de manipuler l' Inde.

Mais comment faire disparaître la Russie en tant que puissance ?

Barack Obama vient de déclarer dans une longue interview à "Vox" : "que le leadership américain nécessitait parfois de tordre le bras des Etats qui ne font pas ce que nous avons besoin qu'ils fassent et que les Etats-Unis utilisaient leur force militaire et d'autres moyens de pression pour atteindre leurs objectifs".

(l'impunité çà ose tout, c'est à çà qu'on la reconnait)

La Russie reste forte malgré les diverses sanctions imposées par Washington. Par ailleurs en dehors des BRICS, elle dispose d'un minimum d'alliances diplomatiques et économiques (par exemple le dernier accord  du gazoduc avec la Turquie au grand dam de l'UE). Pour vaincre ces diverses résistances, les États-Unis devraient donc mettre les grands moyens, en mobilisant l'ensemble des leviers dont ils disposent dans le monde, Toutefois il ne faut pas négliger l'impact considérable sur les équilibres mondiaux qu'aura la mise en place effective des accords BRICS. Ainsi, rien que dans le domaine du gaz, les accords russo-chinois concernant la vente de gaz russe à la Chine devraient atténuer sensiblement les conséquences sur le rouble de la baisse du prix du baril imposé actuellement par les US afin d'affaiblir Moscou. (et ces ventes ne seront pas réalisées en dollar...!).