Source : GEAB

"Au-delà de l'engrenage qu'un conflit d'ampleur régionale aurait sur l'ensemble de la planète, un point inquiétant pour l'immédiat tient aux conséquences que le déchaïnement de la haine entre les communautés de cette région aurait sur l' Europe. La violence verbale entre Juifs et Arabes y est déjà énorme, dégénérant sporadiquement en échauffourées plus graves. L'explosion de l'antisémitisme et du racisme est au programme de l'UE si les tensions se nouent de cette manière. Ces violences aboutiront au basculement de nos démocraties affaiblies qui seront incapables de les endiguer autrement qu'en sortant, elles aussi, de l'état de droit".  source GEAB n° 90 15/12/2014

La crise ukrainienne, bien au-delà de la valeur intrinsèque des individus qui le composent, a révélée la faiblesse structurelle d'un système politique européen déconnecté de ses citoyens. La grande peur que l'Europe s'est faite en 2014 de ne pas réussir à s'empêcher d'entrer en guerre avec un voisin, aboutit en 2015 à un vrai retour du politique : un Commission Juncker décidée à légitimer politiquement ses décisions, des gouvernements nationaux enfin conscients de leur besoin d'union politique, des citoyens ultra-mobilisés.

Tout cela serait plutôt rassurant si la conjoncture était stabilisée. Mais ce n'est pas le cas puisque l'Europe s'apprête à enregistrer une série de chocs liés aux actions terroristes qui ne manqueront pas d'être perpétrées par des individus ou groupes d'individus résidant en son sein, mais mal intégrés et connectés aux terribles développement que connaît le Moyen-Orient. Or dans un tel  contexte, le retour du politique peut prendre des formes peu souhaitables.

L'année s'est vite mise à ce diapason avec l'attentat sanglant contre les employés de l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo, et la cavale meurtrière qui s'en est suivie. L'événement constitue l'occasion d'inaugurer une flambée de racisme en France, mais aussi dans toute l'Europe et au-delà, combinés à la mise en place de mesures liberticides.

les Européens ont droit à une bonne surprise : une communication de crise exemplaire conduite par  François Hollande qui, capitalisant sur la plus acceptable des peurs (celle de l'explosion sociale), parvient à transformer la réaction collective émotionnelle aux relents (à priori) racistes en demande de non-amalgame, de non-dérive libertaire et d'union.

Le 11 janvier la mobilisation de plus de 3 millions de citoyens en France et dans le monde,ainsi que la présence de 40 chefs d'Etat en tête du cortège, est un événement historique et véhicule un message positif, quoi que l'on pense des vrais ressorts du rassemblement.

En vérité, de nombreuses questions se posent sur ce qui a vraiment réuni tout ce monde : mélange de réaffirmation de principes républicains mal compris et vrai souci de préservation des valeurs démocratiques, expression d'exaspération vis-à-vis d'un communauté musulmane mal intégrée et volonté de rassembler les modérés de toutes les communautés religieuses, quête d'ordre et quête de liberté, racisme et tolérance...il y avait un peu de tout cela dans cette mobilisation. Peu importe le message dominant est généreux et c'est une réussite.

Ceci étant ce grand rassemblement n'est pas la fin de l'histoire. Les actes anti-musulmans se sont multipliés depuis l'attentat : la police est sur les dents et contrôle les jeunes d'origine arabe à tour de bras...des idées de "Patriot Act" à l'européenne sillonnent la société ; la communauté musulmane est à nouveau froissée par la publication en première page du nouveau numéro de Charlie Hebdo de caricatures de son Prophète...Autant de réactions qui vont nourrir les rangs du fanatisme identitaire et augmenter le risque de violence.

Une chose est certaine, si les musulmans européen se voient obligés à accepter ce qui correspond à des brimades culturelles très fortes dans un contexte d'expression publique qui reste ultra-contrôlé pour d'autres groupes culturels (homosexuels, juifs, etc..) il y aura division. L'enjeu est donc d'équilibrer cette liberté d'expression et pour que cela ne risque pas de dégénérer en provocations et injures racistes et toute parts, il va tout de même falloir réaffirmer les règles d'une communication, certes libre, mais également respectueuse.

(n'oublions pas que la représentation en générale est interdite par l'Islam. L'intégration de musulmans aux sociétés modernes et occidentales de l'image est donc une réalité...même s'ils ont des difficultés à aller jusqu'au bout de la logique et à accepter le représentation la plus interdite, celle du Prophète, une représentation qui choque aussi les musulmans modérés, c'est un fait. En réalité, demander aux musulmans d'accepter ces caricatures, ce n'est pas leur faire la demande acceptable pour eux, de se "laïciser", mais celle inacceptable de s"athéiser" . C'est là que le bât blesse, il faut en prendre conscience si on veut trouver une solution à l'impasse dans laquelle nous sommes.

Au-delà du grand élan généreux de la journée du 11 janvier, d'incompréhensibles questions demeurent sur les moyens d'expliquer la vague de violence raciste et terroriste qui a commencé à déferler sur l'Europe, dans le respect de nos principes démocratiques. C'est le grand enjeu de 2015...