Source : LEAP/E2020

Explosion de l'UE : référendum écossais, intégration ratée des pays d'Europe de l'Est ;
Oui l'Europe explose. On peut noter les remises en question de nombreuses politiques par les États membres, en particulier la libre-circulation des biens et des personnes de l'espace Schengen, ou encore le projet de sortie de l'UE du Royaume-Uni, puissance structurante de l'UE depuis sa naissance en 1992.

Référendum écossais : il faut désormais ajouter à cette liste le probable éclatement du Royaume-Uni causé par le référendum écossais. Ce référendum transforme le Royaume-Uni. Londres avait dû espérer qu'une victoire retentissante du non renforcerait la cohésion de l'Union du Royaume, mais avec une certitude de résultat extrêmement serré, Cameron a déjà dû faire de telles concessions aux écossais que les autres membres de l'Union (Pays de Galle, Irlande du Nord) sont déjà sur les starting-blocks pour obtenir les mêmes avancées en matière d'autonomie. (le Royaume-Uni aurait tout à gagner à une évolution vers une structure fédérale. Les pays centralisés ne sont plus adaptés aux enjeux du monde du XXIe siècle).

Sans compter que les anglais sont opportuns et savent rebondir. Pour preuve, le retournement de leur place financière vers les sukuks et le yuan , qui sauve la City. Une fédéralisation du Royaume-Uni donnerait à ses élites une belle occasion de montrer comment elles sont capables de tirer parti d'un tel coup du sort. Quoiqu'il en soit une fédéralisation du Royaume-Uni change considérablement la donne pour l' UE.

Intégration ratée des pays de l'Est : l'UE est menacée de délitement également sur son front oriental. aujourd'hui en effet, l'UE en crise apparaît en moins attractive pour les pays de l'Est et certains, sans remettre en question leur appartenance européenne, commencent à regarder avec intérêt ce qu'il se passe du côté du précédent envahisseur, la Russie.La Hongrie de Victor Orban est la plus avancée sur cette voie et l'on ferait bien de regarder plus en détail les idées de ce politique qui n'a rien d'un dictateur, même s'il a tout d'un homme fort, soucieux de l'indépendance de son pays...mais, dans l'Europe de ces dernières années, regarder vers l'Est est passible de haute trahison. 

D'autres, face à l'évidente faiblesse politique européenne, notamment en matière de politique de sécurité et de défense, ont entrepris par exemple de réfléchir entre eux à un système de défense qui leur soit propre. C'est ainsi que le groupe de Visegrad (d'ailleurs composé entre autres de la Hongrie, amis aussi de la Slovaquie qui a récemment déclaré ne pas vouloir de troupes étrangères sur son sol), depuis plusieurs années, travaille à mettre en place un système de défense et de sécurité qui, d'une certaine manière, les autonomise. Nous sommes là clairement sur une conséquence directe de l'incapacité de l'UE à avoir pu proposer le moindre projet d'Europe de la Défense susceptible de rassurer les pays des confins de l' Europe.

La Bulgarie quant à elle exprime désormais son souhait de pouvoir coopérer avec la Russie dans le cadre de la construction du gazoduc de contournement de l' Ukraine qu'est la ligne South-Stream. Mais depuis la crise ukrainienne, Bruxelles lui interdit de construire son tronçon. Pourtant, la Bulgarie a une double intérêt à cette construction : d'une part, cela lui garantit son approvisionnement en énergie; et d'autre part, cela lui ajoute une source non négligeable de financement grâce au prélèvement d'undroit de péage sur le gaz russe.

Les taux de participation des pays de l'Est de l' Europe aux dernières élections européennes sont un indicateur clair du degré de ratage de l'intégration de ces pays. L'intégration s'est faite trop vite sur des considérations purement mercantiles et non politiques, ces pays ont souvent mélangé l'objectif f'intégration à l'UE avec celui d'intégration à l'OTAN, quant à l'union économique, ils l'ont souvent vécue, à juste titre, comme une invasion d'entreprises occidentales ayant détruit leur économie locale.

Si la crise ukrainienne fournit peut-être l'occasion de mettre en place une Europe de la Défense dont il resterait à espérer qu'elle se fasse en concertation et non en opposition avec la Russie, tout échec sur ce point nous projette sur une perspective de défection de certains de ces pays à l'horizon 2020, ce qui serait encore un bel échec de cette UE qui n'a eu de cesse que d'élargir l'Europe en rejetant tout projet d'approfondissement de l'intégration, notamment politique et démocratique. (les Etats-Unis et l'OTAN sont pour beaucoup dans cet échec, la Russie étant toujours considérée comme l'URSS d'avant 1989...!)