Source :LEAP/2020

Piqure de rappel

Les historiens définiront certainement le XXème siècle par la période 1914/2014, terminant par l'année où l'ancien système se meurt tandis que le nouveau émerge. En cette nouvelle année 2014, bienvenu donc dans le XXIème siècle ! En ce début d'année 2014, tous les projecteurs sont braqués sur la zone euro; la Chine, la Russie, les BRICS où des outils destinés à façonner le "monde d'après" sont conçus à une rapidité incroyable : le "monde d'avant" passe la main au "monde d'après".

Néanmoins le risque permanent subsiste d'une explosion par surchauffe de la planète finance entraînée par les incroyables déséquilibres américains...non résolus ou si peu. (cela fait 70 ans que ce système est ainsi et les US n'ont nullement l'intention de changer quoi que ce soit); de sorte que la période charnière actuelle, n'en reste pas moins dangereuse. L'un des dangers réside dans le "smog" statistique qui caractérisera probablement l'année : d'une part, les indicateurs économiques et financiers américains ont perdu tout sens à force d'être manipulés afin de cacher la réalité catastrophique; et de l'autre, les outils de transparence statistique du monde émergent ne sont pas encore suffisamment fiables pour éclairer la réalité. Effondrement de visibilité en cours d'un côté depuis plusieurs années, début d'organisation de la transparence dont l'économie mondiale a besoin pour planifier ses stratégies de l'autre, en 2014, nous sommes au creux de la vague. Cela ne sera pas sans conséquences.

La période actuelle est difficile à analyser. Les expériences d'injection de liquidités des banques centrales n'ont guère d'équivalent historique et agissent comme de la morphine; les bourses évoluent inversement proportionnellement à la santé économique des pays; la finance et les produits dérivés sont hors de tout contrôle; l' Occident et particulièrement les États-Unis tentent de cacher leur situation catastrophique grâce à des indicateurs qui ne veulent plus rien dire à l'instar des chiffres du chômage... Les boussoles de l'ancien monde sont cassées.

Les marchés nourris au biberon de la FED et ne voulant pas abandonner le paradigme dollar tant qu'il existe le moindre sang à sucer, sont largement responsables de cet aveuglement. Or de même que la grenouille dans l'eau qui chauffe ne sent pas la température monter que lorsqu'il est trop tard, avoir cassé le thermomètre est certes pratique pour faire illusion mais relève d'une tendance suicidaire : si la sortie est déjà difficile à trouver en plein jour, dans le noir cela devient impossible.

Dans la période actuelle un oeil est donc aveugle, l'autre n'est pas encore voyant. La partie du monde qui a émergé, les BRICS et la Chine en particulier, se mettent seulement à construire un appareil statistique adapté à leurs ambitions internationales. C'est donc avec une grande prudence que les dirigeants doivent avancer sur un chemin semé d'embûches le long duquel l'absence d'indicateurs fiables empêche d'apprécier correctement la situation. Toute anticipation/prévision/planification est bien sûr d'autant plus difficile. Néanmoins, si les pays émergents sont sur des dynamiques extrêmement puissantes qui leur autorisent certains écarts, les faux-pas peuvent entraîner des conséquences dramatiques pour les autres. C'est pourquoi la FED mène un travail d'équilibriste et ce funambule a été assez doué jusqu'à présent pour maintenir le pays sur le fil...tant qu'il existe encore un fil.