Forum monétaire de Genève

Historiquement et logiquement, lorsque les taux d'intérêt à moyen et long termes chutent (du fait du ralentissement économique voire de la récession où même de la déflation), les obligations d' Etat montent mais les actions baissent. Or, depuis peu, les actions montent en même temps que les obligations d' État. Ainsi depuis le 1er janvier à ce jour, le TLT est monté de +17% et le DJIA de +2,30% (alors que ce dernier aurait dû baisser).

Pourquoi ? A cause des nombreuses manipulations des marchés par les banques centrales (comme le Quantitaitve Easing) ou via certains mécanismes crées dans ce but (comme le Hig Frequency Trading) diront certains à juste raison. Ou même de l'incertitude des investisseurs qui, ne sachant que penser, achètent simultanément obligations et actions alors que, s'ils étaient cohérents, ils devraient, dans la conjoncture actuelle de ralentissement économique voire de récession ou même de déflation, acheter les premières et vendre les secondes.

Il y a donc vraisemblablement "autre chose". El Erian, ancien numéro deux de Pimpco et actuel chef économiste d' Allianz, mais aussi plusieurs autres bons économistes, comme le prix Nobel d'économie Robert Shiller, s'interrogent à ce sujet :

Leur explication du phénomène anormal précité, c'est que les actions sont dans une phase de "bulle", et que cet "autre chose" évoqué ci-dessus, ce sont les rachats de leurs propres actions par les grandes entreprises qui poussent les actions plus haut, alors même que le volume des opérations sur les marchés boursiers -US principalement - s'effondre ce qui devrait faire baisser les cours.C'est pour cela que les "big caps" (indice DJIA) faisant l'objet des dits rachats montent, alors que les "small caps" (indice Russel) qui ne font pas l'objet de tels rachats baissent.

Les rachats d'actions par les grandes entreprises (motivés par la soif de gains de leurs principaux dirigeants dont la rémunération s'accroît en même temps que la hausse des cours sur laquelle elle est indexée) qui, ce faisant n'investissent plus dans l'économie réelle mais seulement dans la spéculation boursière, sont évidemment à terme ultra baissiers pour les marchés d'actions dans leur ensemble, (même s'ils soutiennent fortement leurs cours à court terme), étant donné la croissance future de ces entreprises n'est plus fonction que du niveau de leurs prix en bourse, et non plus de leur investissement productif.

Mais le "timing" du retournement général des marchés d'actions reste incertain, parce que dépendant d'un facteur plutôt "extérieur" à ces marchés eux-mêmes (de nature politique ou géopolitique voire de modification des politiques monétaires des banques centrales, par exemple). Raison pour laquelle nous le situons en octobre/novembre 2014pour des motifs déjà expliqués

En attendant, à l'instar de George Soros, les détenteurs d'actions les plus fortunés font le plein de positions baissières, (achats d'options puts par exemple) au fur et à mesure que les indices d'actions poursuivent leur lancée de sur-évaluation actuelle et/où, en même temps, mettent en place de nouvelles positions longues sur les obligations d'État (US surtout et accessoirement allemandes). D'autant que le ratio actions US/obligations US est à son sommet historique impliquant que les premières " sur-évaluées" présentent un risque majeur de baisse et que les secondes par comparaison "sous-évaluées"  offrent une probabilité majeure de hausse.

En raison des tensions internationales aggravées, comme jamais depuis les crises majeures de la guerre froide voire même depuis la fin de la seconde guerre mondiale, le dollar US monte, du fait de l'assèchement des liquidités disponibles dans cette monnaie d'autant que la FED, réduisant la taille de son bilan, diminue son Quantitative Easing.

Reprise du dollar US expliquant pourquoi les prix de l'or et de l'argent-métal continuent de baisser. Mais comme leur baisse n'est pour le moment plus très forte, il en résulte que l'on ne peut plus hélas rien gagner ni à la hausse ni à la baisse des deux principaux métaux précieux, parce que la masse des petits moyens investisseurs, n'attendant plus grand chose sur ces actifs "sinistrés et manipulés" les abandonnent. Pendant que les gros attendent, pour en acheter à nouveau, soit des prix sensiblement plus bas, soit un rally cassant nettement leurs premières résistances (vers 1.350 dollars USD l'once sur l'or et 21,50 USD sur l'once d'argent-métal). A noter que la hausse du dollar US étant aussi baissière pour la plupart des prix des matières premières, celui du pétrole brut en particulier, le scénario global déflationniste se renforce.

Il n'y a pas que les prix de l'or de de l'argent-métal qui chutent mais aussi les prix des diamants et des grands vins...

IL n'y a bien entendu aucun risque de relèvement des taux d'intérêt à court terme par les principales banques centrales tant que la croissance économique est si faible, le chômage endémique et que la pyramide de crédits et d'endettement de toutes sortes est aussi élevée. Tous les discours à ce sujet ne sont que des rideaux de fumée visant à faire croire qu'il y a une amélioration de la conjoncture, que l'endettement reste maîtrisé et que les banques centrales pourront sortir sans dégâts majeurs de leur laxisme monétaire, ce qui est faux. Alors que les banques centrales doivent impérativement éviter le krach immobilier et celui des dérivés, leurs taux courts resteront nécessairement voisins de zéro pour très longtemps.