Celle-ci est plus dangereuse qu'elle n'en a l'air pour les deux camps.

M.Zarate souligne que : " les US devraient retirer les gants. Plus ils attendent, plus ils devront être brutal "

Cela devrait être une montée progressive , conduisant à l'application du chapitre écarlate aux banques russes qui ont aidé le régime syrien. Il pense qu'il pourrait être déjà trop tard pour empêcher que l' Ukraine de l' Est échappe à tout contrôle, mais qu'il n'est pas trop tard pour que la Russie paie un prix élevé.

" Si le Trésor US dit que trois banques russes sont " des entreprises de blanchiment d'argent de premier ordre", pensez-vous que UBS ou Standard Chartered ( Ndt : banque anglaise) conserveront quelques liens avec ces dernières ? ".

Cette logique engendrera une escalade de sanctions, contre les entreprises russes de la défense, les exportateurs de minerais et d'énergie - essayant de pas trop fragiliser les intérêts de BP en Russie, ajoute-t-il avec tact - le point culminant étant la prise en étau de Gazprom, mais tout ceci devrait échouer au bout du compte.

Que vous soyez pour ou contre de tels actes, ne vous faites pas d'illusions sur ce que cela signifie. Nous vivrions dans un monde différent, et le S&P 500 de Wall Street ne devrait plus valoir ses 1850 points.

C'est vrai que la Russie n'a plus la puissance qu'elle avait autrefois, comme on peut s'en apercevoir sur certains graphiques de Sberbank qui illustre la taille de l'économie russe par rapport à la Chine et à l' Europe. Ce n'est pas une redite de la guerre froide. il n'y a aucune équivalence plausible entre la Russie et l' Ouest, pas plus que d'opposition idéologique de fond.

La Russie avait 470 milliards de dollars de réserves de devises étrangères mais elle sont tombées à 35 milliards de dollars depuis que la crise a commencé, étant donné que la banque centrale se bat contre la fuite des capitaux et défend le rouble. Moscou ne peut pas utiliser ses réserves sans que sa masse monétaire s'effondre, aggravant une récession qui a très probablement commencée. Le ministre des finances, Anton Siluanov, a déclaré que la croissance pourrait être de zéro cette année. La banque mondiale redoute une contraction de 1,8% du PIB alors que la banque Danske prévoit que la contraction puisse atteindre 4%.

Poutine ne peut pas compter sur des alliés solides pour le soutenir à travers cette crise. Seuls le Vénézuela, la Bolivie, Cuba, le Nicaragua, la Belarusse, la Corée du Nord, la Syrie, le Zimbabwe et l'Arménie font corps derrière M.Poutine aux Nations Unies dans l'affaire de Crimée. Pourtant, comme le dit le proverbe : " La Russie n'est jamais aussi forte qu'elle ne le paraît mais elle n'est jamais aussi faible qu'elle ne le semble " .

Le professeur Harold James y voit des échos de certains événements d'avant la première guerre mondiale lorsque les anglais et la France imaginaient qu'ils pouvaient utiliser une guerre financière pour contrôler la puissance allemande. Il affirme que les fortes interconnexions du monde prouvent que cela ne peut pas être contenu. Les sanctions mises en oeuvre font courir le risque de réaction en chaîne qui pourraient égaler la crise de 2008.

" Lehman était une petite institution comparée aux banques autrichiennes, françaises et allemandes qui sont exposées au système financier russe. Un gel des avoirs financiers russes pourrait être catastrophique pour les marchés financiers européens, et en réalité pour le système financier mondial " a-t-il écrit dans le cadre du "Project Syndicate".

Le Chancelier George Osborne doit être au courant à l'heure qu'il est des plans secrets des US. Peut être que c'est la raison pour laquelle il a lancé une alerte depuis Washington , avertissant les banquiers de la City qu'ils devaient se préparer aux retombées des sanctions. La City est précieuse, déclare-t-il, " mais cela ne signifie pas que ses intérêts passeront devant la sécurité nationale et les intérêts du pays".

Le plus grand risque est sûrement une réponse "asymétrique" du Kremlin.

Les experts en cyber-guerre russes comptent parmi les meilleurs, et ils ont eu leur propre galop d'essai avec l' Estonie en 2007. L'origine du Cyber Shutdown d'un des systèmes de gestion de l'eau de l'Illinois a été identifié comme provenant de Russie en 2011. nous ne savons pas si la sécurité nationale des US peut contrer une attaque à grande échelle du type " déni de service" sur le système de gestion de l'électricité, des systèmes de gestion de l'eau, du contrôle du trafic aérien, sur le New York Stock Exchange ou encore sur Washington.

" Si nous étions dans une cyber guerre aujourd'hui, les US devraient perdre. Nous sommes les plus dépendants et les plus vulnérables" déclara le Chef de l'espionnage US Mike McConnell en 2010.

Le secrétaire de la défense Léon Panetta a averti d'un cyber Pearl Harbor en 2012  " Ils peuvent temporairement condamner le système de gestion de l'électricité dans une grande partie des US. Ils peuvent faire dérailler des trains avec des passagers ou pire encore, des trains chargés de cargaisons chimiques mortelles" . Est-ce une exagération caricaturale pour obtenir plus de fonds de la part du Congrès ? Nous le saurons peut-être un jour ...

Les sanctions aussi vieilles que la nuit des temps. Voici quelques leçons salutaires. Périclès essaya d'intimider la cité de Mégara en 432 avant JC en bloquant les accès au marché de l'empire athénien. il initia les guerres du Péloponèse, amenant l'infanterie des hoplites de Sparte à s'abattre sur Athènes. Le système économique de la Grèce fut laissé en ruine; à la merci de la Perse. C'était un goût de l'asymétrie...!

Source : The Telegraph 16/04/2014