La loi du 24 juillet 1936 modifie les statuts de la Banque de France : les administrateurs de la banque ne seront plus nommés par les actionnaires privés mais par le gouvernement. Prendre le contrôle de la monnaie est considéré comme une première étape pour pouvoir orienter l'économie.

La banque est mise au service de l' Etat. C'est l'époque glorieuse du "Trésor Public". On considère que les dépenses d'investissement vont permettre de réamorcer la pompe de la croissance.

Les grandes entreprises sont obligées de déposer leurs fonds au "Trésor", c'est une trésorerie formidable pour le "Trésor" qui peut dépenser et financer au nom de l' État. c'est considéré comme un système qui marchait bien pour financer la croissance. (5% par an pendant 30 ans, c'est la période des 30 glorieuses). Avec ce circuit du " Trésor Public" l' État contourne la Banque de France pour créer sa propre trésorerie et couvrir ses dépenses budgétaire, la recette marche plutôt bien.

Dans les grandes réformes libérales qui commencent dans les années 70/80 on va insister pour remettre la banque à se place sous la dépendance complète de manière à ce qu'elle ne risque pas de se mettre au service de l' État. En 1972 les statuts de la banque sont discutés devant le parlement, ( c'est la Loi dite Giscard/Pompidou dont le décret d'application est publié en janvier 1973 ), contrairement à ce que l'on fait souvent dire, ces nouveaux statuts ne mettent pas fin aux avances gratuites que la BdF fait à l' État, mais ils en compliquent l'accès.

Le contexte international va faire le reste, la finance est dérégulée (sous Ronald Reagan et Margaret Thatcher), les frontières de l'argent s'évanouissent dans les années 80. Peu à peu l' État fortement encouragé par la BdF elle-même se tourne vers les marchés internationaux de capitaux pour financer son déficit. Qui demande çà ? Les créanciers qui ont peur que si l' État met trop d'argent en circulation il y ait de l'inflation, laquelle a un effet immédiat : elle ruine les créanciers, donc le lobby des rentiers créanciers, tous les gens qui ont de l'argent ne veulent pas d'inflation;

L'économie c'est une bagarre de créanciers et de débiteurs. En 1981 pour honorer son programme promis, le gouvernement a besoin du concours de la BdF, nouveau bras de fer entre les services du "Trésor" et le gouvernement. La construction européenne va reléguer la BdF au second plan sous le contrôle de la BCE qui fédère toutes les banques centrales de l'Union, mais l'objectif reste le même : indépendance maximum à l'égard du pouvoir politique.

On peut dire aujourd'hui que nous sommes dans une situation particulière, les Etats sont en grande difficulté parce qu'ils ont sauvé les banques privées de la crise, et il faudrait bien un retour de balancier. Mais la doctrine monétaire reste très établie alors qu'on ne sait pas combien on pourrait créer de monnaie avant que l'inflation émarge.

Prêter aux Etats est un mécanisme dans lequel la BCE refuse d'entrer de peur d'y laisser la monnaie, l'argent ne doit pas perdre de sa valeur, pas d'inflation, toute sa politique monétaire tient dans ce concept. Il n'y a pas d'inflation des prix, mais inflation des actifs immobiliers et les marchés financiers sont maintenus en respiration artificielle.

Ces masses de monnaies virtuelles ,(selon la BRI il circule de l'ordre de 5 000 milliards de dollars au quotidien sur les marchés monétaires, moins de 20% de cette masse sert aux échanges de biens et services en Etats et entreprises...donc 80% va vers les marchés financiers et la spéculation ), constituent une sorte de nuage de crédit sur lesquels les banques centrales n'ont aucun pouvoir. Le pouvoir de création monétaire des banques est tel qu'il parasite le circuit de l'argent dans l'économie réelle, café, pétrole, céréales etc..sont sujets à la spécualtion, .l'argent cherche à faire de l'argent.

Comment sortir de ce piège dans lequel l'argent nous enferme ?

La question n'est pas nouvelle, après 1929 d'aucuns s'étonnent des crises à répétition dans un monde ou progrès technique et scientifique rendent l'abondance possible. L'argent doit redevenir un bien commun.