Dans sa version européenne, la crise aborde une autre étape. Sa nouvelle configuration est caractérisée par une désinflation prononcée - certains pays étant au bord de la déflation ( comme par exemple l' Irlande, 0,2%) -, une croissance si faible Trois mots - récession, chômage, déflation - résument cette nouvelle étape destinée à être longue dans laquelle nous sommes déjà installés.

Au cours de l'épisode précédent, une hausse vertigineuse des taux d'intérêt obligataires avait plongé dans la crise les pays périphériques de l' Europe. Ceux-ci profitent en ce moment de l'accalmie en cours, qui fait à tort penser que la page est tournée, pour tester le marché en multipliant les émissions : ce qui est pris n'est plus à prendre.

Le marché obligataire est par nature un marché refuge, et l'on assiste actuellement à la recherche du meilleur possible, une notion relative par les temps qui courent. Ainsi, la crise déclenchée par la FED dans les pays émergents à accru la valeur des titres souverains européens, et a pesé favorablement sur leurs taux. Une interview au "Financial Times"  de Danièle Nouy, récemment nommée à la tête de l'organisme de supervision des banques auprès de la BCE, va conduire les investisseurs à s'interroger sur leur calcul : "une des grandes leçons de la crise en cours est qu'il n'y a pas d'actifs sans risque, il en résulte que les titres souverains ne sont pas des actifs sans risque".

La Grèce reste avec Chypre ( où le taux de créances douteuses des banques atteint 50%) une grosse épine dans le pied, et les pays financièrement assités tentent de sortir de leurs plans de sauvetage sans avoir à en subir une réédition. En Grèce, le premier ministre martèle n'avoir "pas besoin d'un troisième plan de sauvetage" afin de regagner la confiance des électeur, quitte à baptiser la chose autrement. Il est confronté à une crise sociale profonde dont les implications politiques le menacent, ce qui le conduit à poursuivre la même politique, avec comme argument que c'est le seul moyen d'éviter de retomber sous les fourches caudines de la Troîka et que ce soit pire encore!

L'épisode suivant va se dérouler au Portugal, où le gouvernement enchaîne les prêts syndiqués (dont le placement est confié aux banques) pour profiter de la baisse des taux tout en poursuivant les mesures de rigueur en coupant les retraites. en Espagne, l'assainissement du secteur bancaire n'a été que très partiellement réalisé, en raison de la montée qui se poursuit du taux des créances douteuses.La banque d' Espagne estime qu'il pourrait atteindre 15% cette année, or le total de l'endettement des ménages et des entreprises est de 1 000 milliards d'euros (188% du PIB espagnol)...en Italie, le gouvernement Letta a écarté le projet de création d'une bad bank au prétexte que cela risquait de déclencher une dégradation de la note du pays, préférant dissimuler ce que cachent les bilans bancaires.

Le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, a quant à lui, poursuivi ses virulentes mises en garde à propos du projet de réforme bancaire de la Commission européenne : " Il ne faut pas verser dans la surenchère et rendre impossibles ou beaucoup plus coûteuses des opérations indispensables au fonctionnement de l'économie". Si le projet "mélange les genres" selon lui, le gouverneur ne se prive pas de brouiller les pistes lorsqu'il est entrepris, même de manière inadéquate, de commencer à réglementer le "Grand Casino du marché des produits dérivés". Il est à noter que l'on trouve dans le peloton de tête des plus grands intervenants mondiaux sur ce marché - selon une étude d' Alphavalue qui s'appuie sur les données de la BRI ( Banque des Réglements Internationaux) - BNP Paribas, Société Générale et CASA (le groupe Crédit Agricole) ...Les banques universelles françaises ne jouent pas au Grand Casino avec des jetons mais des plaques...!